Etiquetage nutritionnel : pas de censure de Nutri-score pendant l’expérimentation

Publié le 27/09/2016

Etiquetage nutritionnel : pas de censure de Nutri-score pendant l’expérimentation

Paris, le mardi 27 septembre 2016 – L’expérimentation destinée à évaluer différents modes d’information sur la qualité nutritionnelle des aliments vendus en supermarché a officiellement débuté hier. Nous l’avons déjà évoqué, il s’agit de déterminer parmi quatre types de « logos », dont deux synthétiques et deux analytiques, celui dont l’impact sur les achats des consommateurs est le plus important. A terme l’objectif est de faire évoluer les comportements alimentaires et d’induire un recul du surpoids et de l’obésité.

Les produits ne seront pas tous étiquetés

Le test réalisé en conditions réelles dans quarante supermarchés (Casino, Carrefour Market et Simply Market) est conduit en Ile-de-France, Normandie, Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. Chaque enseigne ne présentera qu’un seul type de logos dans des supermarchés installés dans des zones marquées par un taux important de personnes à faible revenus, qui sont souvent les plus exposées au surpoids. L’expérimentation bénéficie d’une large participation des industriels : 80 % des marques nationales ont ainsi accepté de voir leurs produits étiquetés. On relèvera cependant que concernant les conserves et les plats préparés, seuls 65 % des produits seront inclus dans l’expérimentation, ce qui devra être apprécié lors de l’analyse des résultats.

Quand les industriels demandent l’arrêt d’une recherche…

On le sait, ce test est lancé dans un climat conflictuel. Les critiques sont en effet nombreuses. Certains regrettent par exemple que les quatre étiquetages fassent l’impasse sur une préoccupation grandissante des consommateurs : la présence de différentes substances chimiques potentiellement toxiques. « Pour juger de la bonne qualité nutritionnelle d’un aliment, il faudrait que la présence d’additifs chimiques soit prise en compte », estime ainsi dans les colonnes de 20 minutes la nutritionniste Angélique Houlbert. Surtout, le poids de l’industrie agro-alimentaire dans cette expérimentation a été fortement dénoncé. A l’origine de la réalisation de ce test (que l’abondante littérature sur le sujet rendait probablement inutile), le secteur est également largement représenté au sein du comité de pilotage chargé de mener l’expérimentation. Des gages que sa voix serait entendue qui ont pourtant pu paraître insuffisants aux yeux des industriels qui dans une lettre adressée en juin au ministre de l’Agriculture sont allés jusqu’à demander que soient interrompus des travaux portant sur le logo Nutri-Score, un des quatre systèmes testés, élaboré par l’Equipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN) et qui n’a pas les faveurs du secteur de l’agro-alimentaire. Nous l’avons évoqué, dans cette missive dévoilée par Mediapart, les représentants du secteur de l’agro-alimentaire appelaient le ministre à « prendre des mesures pour qu’aucune des conclusions de cette étude [la nouvelle étude comparative lancée au printemps par l’EREN] ne puisse interférer avec celles de l’évaluation ». Ils considéraient même qu’il convenait « de mettre fin à cette enquête car elle constitue une opération de communication incompatible avec les conditions préparatoires du test ».

… le ministre de l’Agriculture minimise et s’y refuse

Une telle intrusion dans la recherche publique n’avait pu que provoquer l’indignation, notamment au sein de l’EREN. Dans une réponse adressée à Mediapart la semaine dernière, le ministre de l’Agriculture a cependant tenu à temporiser. Invitant, magnanime (trop jugeront certains) à ne pas voir l’initiative des industriels comme une volonté de censure ou de mainmise sur la recherche, il assure qu’en tout état de cause, si le secteur avait été jusque là (et beaucoup pensent que son intervention était déjà très osée), ni lui-même ni le ministre de la Santé n’auraient évidemment pu satisfaire leur demande.

Que redouter d’une information objective et neutre ?

Dans les faits, la censure ne s’est effectivement nullement abattue sur le logo Nutri-Score (dont la mise en œuvre est soutenue par une pétition ayant recueilli plus de 227 000 signatures en neuf mois) ni même sur l’EREN, plus déterminée que jamais à présenter les résultats de sa méthode. Ainsi, le 20 septembre dernier était publié par l’INSERM, l’INRA, le CNAM et l’Université Paris 13, institutions dont dépend l’EREN, un communiqué résumant une publication récente dans l’International Journal of Behavioural Nutrition and Physical Activity. Les travaux ainsi rapportés ont consisté dans des « magasins expérimentaux » à soumettre 901 consommateurs à trois types de situation : l’absence d’étiquetage (à l’exception des informations classiques), l’apposition du logo Nutri-Score et l’apposition de ce même logo associée à un flyer d’information distribué à l’entrée du supermarché. Les résultats laissent apparaître que c’est cette dernière combinaison qui permet d’obtenir les plus grands effets en ce qui concerne l’achat de biscuits sucrés : les consommateurs ainsi informés privilégiaient des gâteaux plus riches en fibres et plus pauvres en sucres et en sel. On ne notait cependant pas de différence concernant les autres types de produits. Le communiqué relève encore que « L’intervention n’était pas associée à une baisse du nombre de produits achetés (suggérant des substitutions d’aliments plutôt favorables sur le plan nutritionnel) ». Ces résultats semblent confirmer la nécessité d’un accompagnement soutenu des consommateurs pour obtenir une modification substantielle de leurs comportements. Leur présentation est en outre loin d’être un plaidoyer sans nuance pour le logo Nutri-Score. Sans doute en redoutant dans leur lettre à Stéphane Le Foll les opérations de communication autour de cette méthode, les industriels n’avaient pas conscience que l’objectivité scientifique est très éloignée des techniques de marketing traditionnel dont ils sont plus familiers.

Aurélie Haroche

Etiquetage nutritionnel : pas de censure de Nutri-score pendant l’expérimentation

Plusieurs anomalies détectées sur des équipements de l’EPR

Plusieurs anomalies détectées sur des équipements de l’EPR

Le Monde.fr avec AFP | 23.09.2016 à 20h53
Vingt irrégularités portant sur des équipements destinés au réacteur pressurisé européen (EPR) en construction par EDF à Flamanville ont été détectées à l’occasion de l’audit de l’usine du Creusot d’Areva, a fait savoir vendredi 23 septembre l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Ces anomalies sont « toujours en cours d’instruction », a expliqué à l’AFP Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN. « L’EPR n’est pas en service, donc ne présente pas de risque », a-t-il dit.
Après la découverte d’un défaut dans la composition de l’acier de la cuve de l’EPR fabriquée à l’usine du Creusot, l’ASN avait demandé à Areva un audit qualité de son usine.
La liste des irrégularités publiées vendredi fait état d’une irrégularité concernant un générateur de vapeur, non encore installé, destiné au réacteur 5 de Gravelines et de quatre autres portant sur des emballages de transport de substances radioactives.

« 87 irrégularités sur les réacteurs en fonctionnement »
Outre les vingt irrégularités portant sur des équipements destinés à l’EPR, Areva a, pour l’instant, également répertorié « 87 irrégularités portant sur les réacteurs en fonctionnement d’EDF », écrit l’ASN dans une note d’information. « La seule [des 87 irrégularités] qui se singularise, c’est Fessenheim, explique Julien Collet. La nature de l’anomalie est susceptible de remettre en question la sûreté de l’équipement. »
Le 19 juillet, l’ASN avait annoncé que le réacteur no 2 de la doyenne des centrales nucléaires françaises, arrêté le 13 juin, devait être maintenu à l’arrêt en raison de l’anomalie détectée sur un générateur de vapeur.
EDF rappelle que « des analyses complémentaires se poursuivent avec un programme d’essais » sur cette pièce. Areva a précisé dans un communiqué que ses équipes « conduisent des analyses mécaniques et chimiques ainsi que des essais complémentaires » sur des pièces aux caractéristiques similaires. Le groupe poursuit également un audit « afin de mener une analyse exhaustive de la qualité de ses sites de fabrication d’équipement ».

« Pas d’alerte particulière »
Le communiqué de l’ASN fait également part d’une instruction toujours en cours concernant une anomalie détectée sur un générateur de vapeur du réacteur 4 de la centrale nucléaire du Bugey, dans l’Ain, à l’arrêt pour maintenance. Mais « il n’y a pas d’alerte particulière », précise Julien Collet.
Dans cette centrale, le réacteur no 5 est à l’arrêt depuis août 2015 mais pour un défaut d’étanchéité de l’enceinte de confinement. Un problème sans aucun rapport avec le Creusot. Greenpeace a dit, vendredi, enquêter « sur ce dossier » et « demande que l’ASN bénéficie de tous les moyens financiers et humains pour mener les investigations et les tests jusqu’au bout ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/09/23/plusieurs-anomalies-detectees-sur-des-equipements-de-l-epr_5002708_3244.html#Wi5EQDYbuehPBMb6.99

Plusieurs anomalies détectées sur des équipements de l’EPR

Instaurer une heure de sport par jour permettrait d’économiser des milliards d’euros par an

Instaurer une heure de sport par jour permettrait d’économiser des milliards d’euros par an

Leila Marchand Le 28/07/2016 à 11:52 Les Echos

 

Les problèmes santé dus manque d'activité physique quotidien représenté coût 67,5 milliards dollars 2013.
Les problèmes de santé dus au manque d’activité physique quotidien ont représenté un coût de 67,5 milliards de dollars en 2013. – Shutterstock

La « pandémie » de sédentarité, et les problèmes de santé qu’elle provoque, comme les AVC ou le diabète, représente un coût de 61 milliards d’euros par an dans le monde, alerte une étude.

« Rester assis tue plus que le tabac », prévenait, il y a deux ans déjà, l’Observatoire de la sédentarité . Mais en plus d’être dangereuse pour la santé, la sédentarité coûte cher, alerte une étude publiée ce jeudi dans la revue médicale The Lancet.

Selon ces travaux, les problèmes de santé dus au manque d’activité physique quotidien ont coûté 67,5 milliards de dollars (soit 61 milliards d’euros) dans le monde en 2013. Ce total se répartit en 53,8 milliards dollars de dépenses de santé et 13,7 milliards de dollars de perte de productivité.

Cette étude, qui porte sur 142 pays représentant 93% de la population mondiale, est la première à chiffrer le coût de la « pandémie » de sédentarité. En effet, le temps passé, chaque jour, devant un bureau, dans une voiture ou les transports en commun, ou devant la télévision et autres écrans, a augmenté significativement ces vingt dernières années.

Alors que l’on découvre toujours plus de bienfaits liés au sport, autant pour la santé physique que mentale, la sédentarité, à l’inverse, favorise toutes sortes de maux. Mal de dos, troubles musculo-squelettiques, hypertension artérielle, diabète, cholestérol trop élevé, obésité, cancers, problème de circulation… En position assise, le corps fonctionne au ralentit et finit par « s’encrasser ». Des conséquences déjà résumées en 2014 par le Washington Post dans une grande infographie .

Le taux de mortalité d’une personne assise plus de six heures par jour est 20 % plus élevé que celui d’une personne assise seulement trois heures quotidiennement, affirmait en 2010 une étude de l’American Cancer Society . Environ 3,2 millions de décès chaque année sont attribuables au manque d’exercice, selon l’OMS .

Un coût réel bien plus élevé ?

Le coût réel de ces comportements sédentaires pourrait être encore plus élevé, avertissent les auteurs dans The Lancet, car leur évaluation inclut uniquement les cinq grandes maladies associées à l’inactivité physique : maladie coronarienne, AVC, diabète de type 2 (le plus fréquent), cancer du sein et du colon.

D’ailleurs, en 2015, une étude chiffrait à 80,4 milliards d’euros par an le coût de l’inactivité physique rien que pour l’Europe. « Un adulte européen sur quatre et un adolescent européen sur cinq ne font pas suffisamment d’exercice physique », soulignaient alors les auteurs de l’étude.

Selon The Lancet, ce sont les pays riches qui supportent, en proportion, une plus large part du fardeau financier de l’inactivité (80,8% des coûts de soins de santé et 60,4% des coûts indirects). Pour les pays à revenu faible et moyen, le coût s’exprime principalement en termes de maladies et de morts prématurées.

Une heure d’exercice pour annuler les risques

Face à ces chiffres alarmants, l’étude rappelle que notre bonne santé dépend avant tout de nous. En faisant au moins une heure d’exercice quotidien, le risque accru de décès lié à une position assise huit heures par jour est annulé. La marche rapide à 5,6 km/h ou la pratique du vélo pour le plaisir à 16 km/h sont par exemple de bonnes résolutions.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) préconise, elle, au moins 150 minutes d’activité physique par semaine. Soit beaucoup moins que les 60 minutes quotidiennes recommandées dans l’étude, qui a analysé des données concernant plus d’un million de personnes. « Pour beaucoup de gens qui se rendent au travail et ont des emplois de bureau, il n’y a aucun moyen d’échapper à la position assise prolongée », admet Ulf Ekelund, de l’Ecole norvégienne des sciences du sport, coauteur de ces travaux.

Si trouver du temps pour une heure d’activité quotidienne est ingérable, faire au moins un peu d’exercice quotidien peut aider à réduire le risque. Courir le matin, aller au travail en vélo, faire une promenade ou simpelment penser à se lever quelques minutes toutes les deux ou trois heures sont un bon début.

@LeilaMarchand

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/0211165835033-instaurer-une-heure-de-sport-par-jour-permettrait-deconomiser-des-milliards-deuros-par-an-2017453.php?d5Y7AtLQsuCzvZuU.99

Instaurer une heure de sport par jour permettrait d’économiser des milliards d’euros par an

Derrière l’équilibre de la Sécu, les difficultés de l’Assurance-maladie

Derrière l’équilibre de la Sécu, les difficultés de l’Assurance-maladie

LE MONDE | 22.09.2016 à 19h56 • Mis à jour le 23.09.2016 à 11h34 | Par François Béguin et Sarah Belouezzane

Le régime général – maladie, retraite, famille, accident du travail – « sera à 400 millions d’euros de l’équilibre », assure la ministre des affaires sociales et de la santé Marisol Touraine.

Le pari de ramener le régime général de la Sécurité sociale à l’équilibre serait-il sur le point d’être tenu ? Sans attendre la présentation officielle du dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) du quinquennat, prévue vendredi 23 septembre, la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, a tenu à annoncer elle-même la bonne nouvelle dès jeudi soir. « En 2017, le trou de la “Sécu” aura disparu », a-t-elle assuré aux Echos.

Avec trois branches sur quatre à l’équilibre (retraite, famille, accident du travail), le régime général de la « Sécu » devrait présenter, en 2017, un solde négatif de « seulement » 400 millions d’euros, lié au seul déficit de la branche maladie. « Pour un budget de 500 milliards d’euros, c’est l’épaisseur du trait », estime Mme Touraine, qui compte bien faire de ce quasi-retour à l’équilibre un argument de poids de la prochaine campagne électorale.

« L’histoire de ce quinquennat, c’est la fin des déficits sociaux, lance-t-elle. La droite avait multiplié les franchises et creusé le déficit. Nous aurons sauvé la “Sécu”. »

En réalité, en ajoutant 3,8 milliards d’euros du Fonds solidarité vieillesse (FSV) – la structure qui verse les cotisations retraite de chômeurs et le minimum vieillesse –, le déficit global devrait atteindre encore 4,2 milliards d’euros en 2017, ce qui reste tout de même le meilleur chiffre depuis 2001. Le retour à l’équilibre serait alors prévu pour 2019.

Dépenses en faveur des professionnels de santé

Alors que la branche vieillesse devrait afficher en 2017 un excédent de 1,6 milliard d’euros, grâce aux différentes réformes engagées depuis 2010, c’est désormais la branche maladie qui fait figure d’« homme malade » de la « Sécu », selon l’expression de la Cour des comptes. Celle-ci devrait afficher, en 2017, un déficit de 2,6 milliards d’euros (contre 4,1 milliards en 2016, une amélioration de 1,7 milliard par rapport à 2015).

A cette situation déficitaire vont venir s’ajouter les dépenses récemment accordées en faveur des professionnels de santé. Soit 400 millions d’euros supplémentaires pour les médecins libéraux en raison de la revalorisation de 23 euros à 25 euros du tarif de la consultation standard au 1er mai 2017, et 735 autres millions d’euros pour la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires hospitaliers et la revalorisation de leurs carrières.

« On se rapproche de l’équilibre grâce aux efforts des professionnels de santé, c’est donc une juste redistribution », explique-t-on Avenue de Ségur pour justifier ces sommes importantes engagées à quelques mois d’une échéance électorale.

D’ici à la fin de l’année, dentistes libéraux, Assurance-maladie et organismes complémentaires devront également avoir conclu une nouvelle convention tarifaire. Puis suivront, en 2017, les kinésithérapeutes et les pharmaciens… La facture pourrait donc vite grimper pour la Sécurité sociale.

Pour financer ces engagements, le léger relèvement du niveau de l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam), de 1,75 % en 2016 à 2,1 % en 2017 – soit 650 millions d’euros de marge en plus – annoncé mardi par le ministre de l’économie et des finances, Michel Sapin, ne sera pas suffisant. Le gouvernement va aussi inscrire dans le prochain PLFSS des économies d’un montant sans précédent depuis 2012.

Là où chaque année il demandait peu ou prou 3 milliards d’économie (3,4 milliards en 2016), il va en demander quatre en 2017 ! Soit 600 millions d’euros obtenus par le « virage ambulatoire » – des fermetures de lits d’hôpitaux –, 800 millions par des « gains d’efficience » demandés aux établissements hospitaliers (notamment par des achats groupés), 1,4 milliard par des économies sur les médicaments et dispositifs médicaux et 1,1 milliard pour la « pertinence » des soins – examens prescrits à meilleur escient, prise en charge médicale ou chirurgicale plus efficace, etc.

« Coups de rabot »

Côté recette, une augmentation des « droits de consommation » sur le tabac à rouler devrait rapporter 120 millions d’euros. Une « contribution sur les fournisseurs agréés de tabac » devrait par ailleurs rapporter 130 millions d’euros, soit 250 millions d’euros supplémentaires.

En outre, le secrétariat d’Etat au budget met en avant les mesures qui seront prises pour lutter contre la fraude à la cotisation sociale. Et qui ont rapporté près d’un milliard d’euros en 2016. Christian Eckert n’est pas inquiet pour 2017 : « Les réformes qui ont été conduites, les économies et les recettes devraient permettre d’absorber les dépenses. »

Le déficit du régime général affiché en 2016 (-3,4 milliards d’euros) a quant a lui aussi beaucoup à voir avec les réformes des retraites ainsi que la baisse du chômage. Cette année, la France a en effet connu un accroissement de sa masse salariale de 2,6 %, ce qui a engendré des recettes supplémentaires. Une tendance qui pourrait continuer en 2017.

Si Marisol Touraine assure que ces résultats sont le fruit de réformes de « structure », plusieurs observateurs du monde de la santé s’avouent dubitatifs. « C’est en serrant de plus en plus sévèrement les coûts de la santé que le gouvernement a réduit le déficit de la branche maladie depuis 2012 », analyse Claude Le Pen, économiste de la santé à l’université Paris-Dauphine, qui juge que « Marisol Touraine a mené une politique de coups de rabot ».

Une lecture qui rejoint celle effectuée par la Cour des comptes, qui avait appelé, mardi, à une réforme en « profondeur » de l’Assurance-maladie. « Environ 40 % du déficit résulte de causes structurelles, indépendantes de la conjoncture », faisait-elle valoir, dénonçant le recours par le gouvernement à un « procédé comptable discutable », voire « opportuniste », avec l’intégration d’un « produit exceptionnel de CSG [contribution sociale généralisée] de 700 millions d’euros » ne correspondant à aucune recette supplémentaire de l’Assurance
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/financement-de-la-sante/article/2016/09/22/le-deficit-de-la-securite-sociale-reduit-a-son-plus-bas-niveau-depuis-2002_5002108_1655421.html#2Hwm98y7wG2Z5UZZ.99

Les Echos

Marisol Touraine : « En 2017, le ‘trou de la Sécu’ aura disparu »

Les Echos publie un entretien avec Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, qui « dévoile ce qui va changer pour la Sécurité sociale en 2017 ». Le journal souligne que « 4 milliards d’économies vont être réalisés sur l’assurance-maladie. De nouvelles taxes seront instaurées sur l’industrie du tabac ».
La ministre déclare notamment qu’« en 2017, le «trou de la Sécu» aura disparu.

Le régime général, qui affichait 17,4 milliards de déficit en 2011, sera à 400 millions de l’équilibre. […] Dès 2016, l’amélioration est forte : 3,4 milliards de déficit, au lieu de 5,2 milliards annoncés en juin. En 2017, trois branches sur quatre seront à l’équilibre, l’assurance-vieillesse dégagera un excédent de 1,6 milliard. Et l’assurance-maladie est en très nette amélioration, avec un déficit qui passe de 4,1 à 2,6 milliards ».
Marisol Touraine explique que « cela est dû à des réformes de structure, parfois difficiles, que j’assume car elles ont permis d’améliorer les droits sociaux des Français. Je pense […] aux départs anticipés à la retraite, […] à la généralisation du tiers payant, à la suppression des franchises médicales pour les plus modestes, à l’accès élargi à la CMU […] ».
La ministre de la Santé observe que « sur l’assurance-maladie, nous aurons réalisé 12 milliards d’économies en 3 ans, avec 4 milliards d’économies nouvelles en 2017. Mais nous avons décidé de relever l’objectif de dépenses à +2,1% l’année prochaine, car je veux pouvoir donner à la communauté des professionnels de santé une reconnaissance financière pour leurs efforts ».
Elle indique ainsi que « les médecins libéraux vont voir le prix de la consultation augmenter. Les revalorisations à l’hôpital sont engagées : elles passent par le point de la fonction publique et des hausses en fonction des carrières, de 250 à 500 € par an pour un infirmier, jusqu’à 480 € pour un aide-soignant. Par ailleurs, un plan d’investissement pour l’hôpital va être lancé, dont une première tranche de 250 millions sera débloquée l’année prochaine ».
Concernant l’arrivée de traitements innovants contre le cancer, Marisol Touraine déclare que « l’innovation est une chance pour les Français, et une source de transformation majeure de notre système de santé. Nous généralisons la télémédecine dans tous les territoires. Pour financer dans la durée les traitements innovants, nous allons créer un fonds pour l’innovation médicale qui permettra de lisser les pics de dépense. Nous pourrons ainsi accompagner la montée en puissance des nouveaux traitements, dont le bénéfice est majeur, en particulier contre le cancer, l’hépatite C, etc. »
« Ce fonds sera doté de 800 millions d’euros à sa création, dont 200 millions seront dépensés dès 2017 pour absorber le choc de l’arrivée des immunothérapies contre le cancer. Ce fonds devra se reconstituer au fil des ans », explique la ministre.
Les Echos relève en outre que « la Cour des comptes pointe la dégradation de l’accès aux soins dentaires… », ce à quoi Marisol Touraine répond : « J’ai demandé à l’Assurance-maladie il y a plusieurs semaines de négocier de nouvelles règles avec les dentistes. Je lancerai l’année prochaine un plan national pour renforcer l’accessibilité des soins dentaires. Je veux plafonner le tarif des prothèses et revaloriser les soins conservateurs. J’espère que la négociation qui vient de s’ouvrir permettra d’aboutir, sinon j’assumerai mes responsabilités ».
Enfin, à propos de la lutte contre le tabagisme, la ministre souligne que « le paquet neutre est là et sera vraiment visible le 1er janvier après la période de transition dans les bureaux de tabac. J’ai promu l’information et la prévention, j’ai triplé l’aide au sevrage tabagique pour certaines populations… En novembre, nous lançons la campagne «mois sans tabac», inspirée des méthodes anglo-saxonnes, où chacun encourage son voisin pour arrêter de fumer. En 2017, nous allons rapprocher la fiscalité du tabac à rouler de celle des cigarettes, ce qui augmentera le prix de 15% ».

Publié le 23/09/2016 JIM

Comptes de la sécurité sociale : Marisol Touraine triomphante

Paris, le vendredi 23 septembre 2016 – On ne compte plus le nombre de fois depuis le début du mois où Marisol Touraine, ministre de la Santé, a vanté le bilan du gouvernement concernant la réduction du déficit de la Sécurité sociale. Une nouvelle fois aujourd’hui dans les colonnes des Echos, alors qu’elle doit dévoiler le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2017, elle se félicite des résultats obtenus. « En 2017, le « trou de la Sécu » aura disparu. Le régime général qui affichait 17,4 milliards de déficit en 2011, sera à 400 millions de l’équilibre. Pour un budget de 500 milliards, c’est l’épaisseur du trait » observe-t-elle. Avec trois branches sur quatre à l’équilibre (et même un excédent de 1,6 milliard pour l’assurance vieillesse), seule l’Assurance maladie continuera à afficher un déficit. Mais là encore les efforts ont été importants : il devrait être ramené à 2,6 milliards en 2017.

Le fonds solidarité vieillesse : un détail sans réelle influence

Constituant un comblement de l’érosion historique du trou de la Sécurité sociale, ces prévisions sont jugées fragiles et trop optimistes par certains observateurs. D’abord, parce qu’elles ne tiennent pas compte des difficultés du fonds de solidarité vieillesse qui devrait afficher en 2016, 3,8 milliards de déficit. Pour le ministre, l’état du fonds ne contredit nullement son discours. « Le déficit du FSV sera stabilisé (…) en 2016 et en 2017, sachant qu’en période de sortie de crise les dépenses de solidarité pour les retraites sont plus élevées » fait-elle remarquer aux Echos. Autre point qui fait tiquer les économistes : Marisol Touraine table sur des perspectives de croissance encourageantes. Le ministre s’en défend. « Le scénario économique est le même que celui que nous connaissons cette année. On me disait la même chose l’an dernier à la même époque, et nous avons fait mieux que prévu » se félicite-t-elle.

Récompenser les professionnels de santé de leurs efforts

Mais le point central qui suscite le doute chez les observateurs concerne l’Assurance maladie. Les revalorisations promises tant en ville qu’à l’hôpital risquent en effet de rendre difficile la poursuite de la maîtrise. Pour la Cour des comptes, qui a rendu son rapport sur la Sécurité sociale en début de semaine, le gouvernement pourrait devoir envisager de revenir sur ses promesses pour tenir la barre du redressement économique. Impossible à la veille d’une année électorale. Le ministre de l’économie et des finances, Michel Sapin a déjà annoncé une augmentation de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) de 1,75 % en 2016 (dans les faits il devrait atteindre 1,9 % selon la Cour des comptes) à 2,1 % en 2017. Et avec une mansuétude auxquels les professionnels de santé ont été peu habitués, le ministre de la Santé insiste dans son interview aux Echos : « Je veux pouvoir donner à la communauté des professionnels de santé une reconnaissance financière pour leurs efforts ». Il n’est cependant pas certain que les médecins considèrent l’augmentation du C comme une « reconnaissance » mais plus certainement comme une revalorisation indiscutable et inévitable.

Avec les mêmes ingrédients, une recette plus salée ?

Ne pouvant renoncer à ses promesses, le gouvernement s’apprête donc à mettre en place des recettes supplémentaires et à muscler son plan d’économies. Pour un totale non pas de 3,4 milliards comme cette année mais quatre ! Pour atteindre cet exploit, une taxe sur le tabac à rouler déjà annoncée devrait permettre d’engranger 120 millions d’euros, auxquels s’ajouteront 130 millions d’euros liés à une « contribution sur les fournisseurs agréés de tabac ». Des économies seront tirées de « la mutualisation des achats hospitaliers, la promotion des génériques, le développement de la chirurgie ambulatoire, la maîtrise des prescriptions d’actes » énumère Marisol Touraine qui ne devrait donc pas proposer de mesures différentes des années précédentes. Enfin, concernant le financement des traitements innovants, aux mécanismes législatifs déjà mis en place, sera associée la création d’un fonds pour l’innovation médicale « qui permettra de lisser les pics de dépense » et qui sera doté de 800 millions d’euros.

En campagne

Ainsi, on le voit, rien ne semble devoir entacher l’optimisme et la satisfaction de Marisol Touraine qui tonne : « L’histoire de ce quinquennat, c’est la fin des déficits sociaux ». Résolument en campagne, elle fustige une droite qui attise les peurs et qui se préparerait au retour de mesures telles que les franchises et la sanction des patients. Cependant, son affirmation selon laquelle c’est son engagement dans des mesures structurelles qui lui ont permis d’obtenir les résultats actuels n’est pas partagée par tous. « Marisol Touraine a mené une politique de coups de rabot » considère dans le Monde l’économiste Claude Le Pen, tandis que dans son rapport, la Cour des Comptes semble regretter l’absence de réformes structurelles.

Aurélie Haroche

ASSURANCE MALADIE ET SÉCURITÉ SOCIALE par S.B. le 23-09-20168 Egora.fr

Touraine fière d’avoir bouché « le trou de la sécu »

Forte d’un redressement spectaculaire des comptes de la Sécurité sociale, au mieux depuis 2002, la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine promet, dans une interview donnée aux Echos de boucher le « trou de la Sécu » en 2017, en dépit d’un déficit prévu de plus de 4 milliards d’euros.

Le gouvernement vise en effet un déficit du régime général (maladie, retraites, famille, accident du travail) ramené à 400 millions d’euros contre 3,4 milliards en 2016. Mais, parallèlement, persistera un déficit de 3,8 milliards d’euros pour le Fonds de solidarité vieillesse (FSV), autre composante de la Sécu, qui verse les cotisations retraites des chômeurs et le minimum vieillesse.

« En période de crise les dépenses de solidarité pour les retraites sont plus élevées », a commenté la ministre dans une interview aux Echos. Pour Marisol Touraine, « la gauche fait le job » : « en 2017, il n’y aura plus de « trou de la sécu » », estime-t-elle jeudi soir sur son blog, à la veille de la présentation de son projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2017, le dernier du quinquennat. « L’histoire du quinquennat, c’est la fin des déficits sociaux », a insisté la ministre dans son interview aux Echos.

Un déficit de la sécu à son niveau le plus bas depuis 2002

Le redressement est notable pour 2016, selon les chiffres de la commission des comptes dévoilés jeudi : le déficit cumulé du régime général et du FSV devrait passer de 10,8 milliards l’année dernière à 7,1 milliards d’euros, son niveau le plus bas depuis 2002 (-4,8 Mds d’euros).

Mais il est embelli par l’intégration « discutable » d’unproduit exceptionnel de 700 millions d’euros, a relevé mardi la Cour des comptes. Et la Cour des Comptes avait également pointé la situation du Fonds de solidarité vieillesse, à intégrer, selon elle, à la branche vieillesse du régime général (1,6 milliard d’excédent prévu en 2017) pour mieux rendre compte de la situation des retraites en France.

Economies et revalorisation de revenus

En outre, même réduit de moitié, le déficit de l’Assurance maladie s’établira toujours à 2,6 milliards d’euros en 2017. Eternel point noir de la Sécu, elle devra réaliser 4 milliards d’euros d’économies, tout en honorant les revalorisations de revenus prévues dans la fonction publique hospitalière (à hauteur de 700 millions d’euros) et chez les médecins libéraux (400 millions). Un objectif compliqué à atteindre, selon des proches du dossier, et ce malgré un objectif de dépenses de santé relevé de 700 millions d’euros, annoncé en début de semaine par le ministre de l’Economie Michel Sapin.

De nouvelles mesures seront annoncées vendredi pour maintenir le cap, parmi lesquelles une augmentation du prix du tabac à rouler et la création d' »une taxe sur le chiffre d’affaires des distributeurs » de tabac qui « rapportera 130 millions par an » à destination du « nouveau fonds de lutte contre le tabagisme », selon la ministre.

Un « fonds pour l’innovation médicale », doté de 800 millions d’euros, sera également créé pour « financer dans la durée les traitements innovants », « dont 200 millions dépensés dès 2017 pour absorber le choc de l’arrivée des immunothérapies contre le cancer ». Les mécanismes existant de régulation des prix du médicament seront par ailleurs reconduits.

Marisol Touraine défend son bilan

Des économies de gestion des caisses ou des mesures de lutte contre la fraude doivent au total permettre d’engranger 1,5 milliard d’euros supplémentaires pour les régimes sociaux, a-t-elle également précisé.

Défendant son bilan dans les Echos, Marisol Touraine épingle, au passage, les candidats à la primaire de droite, qui selon elle, « jouent sur les peurs, en niant les résultats » pour « justifier des politiques de régression sociale » (déremboursements en santé, report de l’âge de départ à la retraite…).

Tout comme les « fatalistes, qui à gauche, nous expliquent qu’en faisant des économies, on touche nécessairement à la protection des Français », écrit-elle sur son blog, citant notamment à l’actif du quinquennat la mise en place des carrières longues, qui ont permis à « 230.000 » personnes de partir à la retraite à 60 ans, ou encore la revalorisation des allocations pour les familles pauvres.

BILLET D’HUMEUR par Catherine Le Borgne le 23-09-20168 Egora.fr

Budget de la Sécu : les autocongratulations préélectorales de Touraine

L’année prochaine sera celle de la disparition du trou de la sécu. Belle aubaine, sachant que le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2017, qui vient d’être présenté à Bercy par Marisol Touraine et Christian Eckert, secrétaire d’Etat chargé du Budget et des Comptes sociaux, sera le dernier du quinquennat. « Cela nous permet de mesurer le chemin parcouru », s’est réjoui fort opportunément la ministre, en félicitant médecins libéraux et hospitaliers, pour leur participation aux efforts de redressement passés.

Marisol Touraine s’est fait un plaisir de rappeler qu’à son arrivée, en 2007 « on relevait 21 milliards d’euros de pertes pour la Sécurité sociale dont 17,5 milliards pour le régime général, un démantèlement des droits sociaux, la mise en place des franchises, de forfaits, sans relèvement des taux de prise en charge. Il s’agissait d’une politique perdant- perdant, ou il fallait payer plus pour rembourser moins »… Rappel prémonitoire, alors que les mêmes frappent aujourd’hui à la porte pour reprendre du service et poursuivre le travail alors que le gouvernement, lui a « fait le job ».

« L’excellence des médecins libéraux »

Car cinq ans après cet état des lieux cauchemardesque et la défaite de Nicolas Sarkozy, c’est la renaissance. « Nous avons conduit les réformes avec exigence, sans limiter la protection sociale des Français. Ils ont vu leurs droits augmenter, tandis que les déficits diminuaient », s’est-elle félicitée. Et peut être pour la première fois de son quinquennat, du moins aussi clairement, Marisol Touraine a salué le « professionnalisme et l’excellence » des médecins libéraux et des acteurs de l’hôpital.

Des praticiens qui ont participé à l’effort de redressement et peuvent maintenant cueillir les fruits de leur implication dans l’œuvre commune. Pour les médecins, le gouvernement a décidé d’un desserrement de l’ONDAM, qui passera de 1,75 % à 2,1 % en 2017 (+ 700 millions de dépenses) pour absorber le coût des premières revalorisations conventionnelles, dont le C à 25 euros. Les hospitaliers pour leur part, bénéficieront d’une augmentation de leur point d’indice.

« 2,1 %, cela reste un taux très exigeant. Cela suppose des économies de plus de 4 milliards d’euros », a insisté la ministre, pointant notamment le poste médicament ou le développement de la chirurgie ambulatoire. « L’ONDAM de ville sera supérieur, en 2017, à celui de l’hôpital, pour assumer le coût du virage ambulatoire. C’est un choix politique et structurel, une reconnaissance du rôle des médecins libéraux », a-t-elle encore ajouté, sans chipoter sur les compliments.

« Nous avons divisé le trou par quatre »

Le Secrétaire d’Etat chargé du Budget n’a pas été en reste dans l’autocongratulation. « La sécurité sociale, c’est 500 milliards, soit la moitié de la dépense publique. Depuis 2008, nous avons divisé le trou par quatre, augmenté de 1 point le taux de prise en charge par l’assurance maladie alors que certains envisagent de le diminuer de près de 5 points », a-t-il développé, taclant au passage le programme de Nicolas Sarkozy. « Depuis 2015, le trou ne se creuse plus. Nous avançons plus vite dans le redressement que ce à quoi nous nous sommes engagés dans les lois de financements. »

Une dernière précision concerne la place des organismes de protection sociale complémentaires dans le remboursement des soins. Alors que le ministère a braqué ses spots sur les dépassements d’honoraires des chirurgiens dentistes, Marisol Touraine a assuré que l’assurance maladie obligatoire constituait le « socle » du système de santé, la « voie d’avenir. Il n’est pas question de donner la main aux organismes complémentaires. Depuis cinq ans, le taux de remboursement par le régime obligatoire a augmenté », s’est-elle félicitée une fois de plus. Il n’en reste pas moins vrai que sous son ministère, les mutuelles ont été particulièrement bien servies.

Assurance maladie et sécurité sociale par C. L B le 21-09-2016 Egora.fr

Dernier budget de la Sécu de Hollande : cadeaux et tours de vis

Le gouvernement va présenter vendredi prochain, le dernier budget de la Sécurité sociale du quinquennat. Plus souple en apparence, du fait de l’échéance électorale (desserrement de l’ONDAM à 2,1 %), il prévoit un sérieux tour de vis sur les prix des médicaments et un contrôle accru des transports sanitaires. De fortes économies seront à sûrement à venir, par le prochain gouvernement.

Même si les résultats 2016 de la Sécu s’annoncent meilleurs que prévu, le gouvernement présentera vendredi un projet de budget 2017 plus souple, mais seulement en apparence, axé notamment sur les prix des médicaments.

Marisol Touraine, en poste depuis le début du quinquennat, devrait avoir à cœur de défendre son bilan en présentant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2017, à sept mois de la présidentielle.

Le déficit du régime général – couvrant 4 personnes sur 5 en France – devrait s’établir selon la ministre « nettement en dessous » des 5,2 milliards d’euros prévus en juin, « son plus bas niveau depuis 2002 ». « L’horizon du rétablissement complet de la Sécu (…) est à portée de main », s’est récemment enorgueillie Marisol Touraine, qui depuis 2013 aura réduit le déficit de plus de 40%.

Une amélioration « fragile », a cependant mis en garde mardi la Cour des comptes, qui a appelé le gouvernement à « ne pas relâcher les efforts » tout particulièrement en ce qui concerne l’Assurance maladie, représentant l’essentiel du déficit du régime général. Sans succès : le gouvernement a prévu pour cette année présidentielle de lâcher du lest en rehaussant de 1,75% à 2,1% l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam). Soit « 700 millions d’euros » supplémentaires, selon le ministre de l’Économie Michel Sapin.

Le nouveau budget « sera moins sévère en apparence (que le précédent) car il va comporter la prise en compte de mesures salariales », a souligné à l’AFP une source proche du dossier. La revalorisation au 1er mai des consultations des généralistes et l’augmentation du point d’indice dans la fonction publique hospitalière dépasseront à elles seules l’enveloppe de 700 millions. Elles représentent « environ 800 millions d’euros, il en manque donc déjà 100 », souligne un autre acteur du dossier, sans compter les revalorisations des carrières, estimées par la Cour des comptes à 325 millions d’euros en 2017.

« On a tenu l’Ondam cette année, mais c’était très, très tendu et beaucoup d’efforts d’économies seront encore demandés en 2017 », relève-t-il. L’exécution des 10,6 milliards d’euros d’économies prévus dans le cadre du plan triennal 2015-2017 devient « caduque », pointe-t-il. Des économies devraient être à nouveau recherchées autour des médicaments.

S’il n’est pas prévu de contraintes pour les assurés sociaux, des efforts devraient en revanche être demandés aux firmes pharmaceutiques. Le projet de budget devrait en effet comprendre des mesures pour « mieux contrôler » les prix des médicaments bénéficiant d’autorisations temporaires d’utilisation (ATU) qui n’ont pas encore été mis sur le marché, destinés à certains malades en phase terminale.

La prescription de médicaments biosimilaires (l’équivalent des génériques pour les médicaments biologiques), moins chers, devrait être facilitée. Autre piste : le contrôle des transports sanitaires entre établissements de santé. Un plan de prévention sur les troubles de santé mentale chez les jeunes pourrait également voir le jour. Enfin, le prix du tabac à rouler, représentant une porte d’entrée dans l’addiction des jeunes en raison de son « prix faible », sera augmenté.

A l’heure où la Cour des comptes a étrillé la prise en charge des soins dentaires, des mesures pourraient également être prises, à moins que le gouvernement ne préfère laisser la main à l’Assurance maladie, qui démarre jeudi ses négociations avec les syndicats de chirurgiens-dentistes.

[Avec l’AFP]

Derrière l’équilibre de la Sécu, les difficultés de l’Assurance-maladie

Du rififi dans les prétoires-Confions la justice à l’intelligence artificielle !

Confions la justice à l’intelligence artificielle !

Laurent Alexandre / président de NBIC FinanceOlivier Babeau / Porte-parole de la Fondation Concorde Le 21/09 à 06:00Mis à jour à 11:58
« Une intelligence artificielle rendrait une meilleure justice qu’une personne influencée par sa propre idéologie et le contexte du jugement. » – Shutterstock

POINT DE VUE – Automatiser une partie de la justice permettra d’économiser de lourdes procédures. Une nécessité, alors qu’Internet des objets va devenir la première source de contencieux.

Alors que les missions régaliennes de l’Etat que sont l’armée et la sécurité se métamorphosent au contact des nouvelles technologies (vidéosurveillance, robots soldats, etc.), la justice n’évolue guère. Kafkaïenne par la complexité de son organisation, la justice tient encore de Courteline. La révolution numérique va faire imploser cet univers du XIXe siècle.

Elle fournira d’abord les moyens d’une amélioration de son fonctionnement. En quoi consiste le travail du juge ? A synthétiser des milliers de pages de procédure, à lire des rapports d’experts, à consulter des textes de loi et la jurisprudence liée, pour enfin rendre une décision. Un travail de titan qu’aucun cerveau normal ne peut effectuer parfaitement, a fortiori s’il est placé dans un contexte de surcharge chronique. Les décisions judiciaires sont ainsi rendues dans un contexte de rationalité fortement limitée.

Des monceaux de jurisprudence analysés

Ce travail deviendra graduellement à la portée d’une intelligence artificielle (IA), infatigable et capable d’éviter tous les biais cognitifs induits par notre cerveau. Depuis juin dernier, un cabinet d’avocats américain utilise officiellement un logiciel capable d’analyser des monceaux de jurisprudence, d’en saisir le sens, leur degré d’application à un dossier précis et d’apporter des réponses argumentées à des questions posées directement. Une première qui va se généraliser, tant les avantages sont évidents.

Ne pourrait-on économiser de lourdes procédures, supprimer des années de délai ?

L’idée d’une automatisation de la justice peut sembler choquante. Dans les affaires d’assises, où l’intime conviction de jurés face à une culpabilité parfois incertaine est requise, elle semble difficile. Mais l’immense majorité des dossiers encombrant nos tribunaux concerne des cas bien différents : contentieux commercial, divorce, problème de voisinage… Si une machine est capable demain de « digérer » en quelques secondes l’ensemble des cas similaires et des jugements passés, en adaptant extrêmement finement sa décision au cas précis, ne pourrait-on économiser de lourdes procédures, supprimer des années de délai ?

Justice plus juste

Les défenseurs du rôle traditionnel du juge allégueront de la dose d’humanité, des infinies nuances qu’il doit mettre dans tout jugement. En réalité, une intelligence artificielle rendrait une meilleure justice qu’une personne influencée par sa propre idéologie et le contexte du jugement. Aux Etats-Unis, des études ont montré que la médiatisation d’un cas rendait la décision plus sévère. En science, le critère roi est celui de la reproductibilité d’une expérience ; le critère de la justice ne devrait-il pas précisément être celui de la reproductibilité d’un jugement ? Ce dernier ne devrait dépendre ni de la personne qui juge ni des circonstances. On en est aujourd’hui très loin.

Mais l’automatisation d’une partie du processus judiciaire n’aurait pas seulement pour avantage d’améliorer sa fiabilité et sa qualité. Elle serait une nécessité. La justice va, en effet, voir apparaître des milliards de nouveaux justiciables : les automates. L’intelligence artificielle va irriguer toute la société et modifier profondément la source des contentieux – drones, voitures, camions et avions autonomes, robots chirurgicaux, agents intelligents, « chatbots » seront de plus en plus autonomes et imprévisibles avant d’être dotés d’une conscience.

L’Internet des objets va devenir la première source de contentieux. Les automates vont prendre des milliers de milliards de décisions par seconde dans la France de 2030. Notre système judiciaire déjà asphyxié devra donc demain trouver un moyen d’accélérer radicalement son rythme de traitement des dossiers.Au-delà du seul problème quantitatif, il s’agira pour notre système de s’adapter à une nouvelle ère où les robots deviendront aussi des justiciables. Un travail impossible avec des classeurs papier. L’avenir de la justice passe par le silicium.

Laurent Alexandre est président de NBIC Finance. Olivier Babeau est porte-parole de la Fondation Concorde.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0211266450419-confions-la-justice-a-lintelligence-artificielle-2028984.php?UcVg7TKOg6LkyvdP.99#xtor=EPR-3038-%5Bnl_ideesdebats%5D-20160921-%5BProv_%5D-1417332%402

Du rififi dans les prétoires-Confions la justice à l’intelligence artificielle !

La démondialisation a commencé

Jean-Marc Vittori / Editorialiste Le 16/09 à 15:32

Fabien Clairefond Les Echos
Fabien Clairefond pour Les Echos

Depuis la crise financière, les échanges mondiaux ne cessent de décevoir. Ils progressent maintenant moins vite que l’activité. Une rupture profonde qui vient à la fois de la Chine et de la stratégie des grandes entreprises.

Dans le puzzle de la langueur économique planétaire, voici une pièce essentielle : l’anémie des échanges. Avant la crise financière de 2008, les exportations mondiales progressaient deux fois plus vite que la production. Souvenez-vous, le globe devenait un village… Mais ce rapetissement de la planète, amorcé après la Seconde Guerre mondiale et accéléré à partir des années 1980, est désormais révolu. Depuis cinq ans, le volume des exportations mondiales avance au même rythme que l’activité. Ces derniers temps, il a même été moins vite, contrairement à ce que prédisent avec constance les experts de l’Organisation mondiale du commerce. Le retournement commence à faire des dégâts. Pour la première fois depuis trente ans, un géant du fret maritime a fait faillite – le chinois Hanjin. C’est un signe de plus d’une rupture majeure. La démondialisation a commencé. Pourquoi ?

Au plus fort de la crise financière, les échanges mondiaux s’étaient effondrés de 12 % en 2009. Mais cette chute n’était guère surprenante. Quand tout le monde panique, quand les entreprises ne pensent plus qu’à accumuler du cash, l’export et son financement sont les premiers sacrifiés. Quand la tempête souffle, on se réfugie sous son toit. Comme lors du krach de 1929, avant même que les mesures protectionnistes comme la loi Hawley-Smoot votée en 1930 ne fassent sentir leur morsure. Lors de la Grande Dépression, la fermeture des frontières commerciales décidée par tous les pays avait ensuite plongé les échanges dans une spirale dépressive, entraînant les économies dans le gouffre. Les gouvernants actuels en ont tiré la leçon. Ils ont préservé l’ouverture des frontières, même s’ils ont édifié beaucoup de murets ici et là. La démondialisation n’est pas une décision politique. Elle vient des entrailles de l’économie. Beaucoup d’économistes ont voulu y voir un mouvement cyclique et donc temporaire. Selon eux, c’est la demande trop molle qui entraîne un commerce trop mou. L’asthénie de l’Europe, qui réalise en son sein le tiers des échanges mondiaux, expliquerait une bonne part de l’inflexion. Le ralentissement mondial des investissements, qui se traduisent souvent par des commandes de machines fabriquées en Allemagne ou au Japon, y aurait aussi contribué. Une fois les séquelles de la crise disparues, tout repartira comme avant. Mais les experts qui ont tenté d’évaluer l’impact de ces facteurs conjoncturels en conviennent : ils expliquent au plus la moitié du changement. Et, à y regarder de plus près, le freinage des exportations a commencé avant la crise financière. Il faut donc aller chercher plus loin les causes du mouvement.

A vrai dire, inutile de creuser beaucoup : l’inversion de la courbe de la mondialisation s’explique d’abord par le renversement en cours dans le plus grand pays du monde. Avec sa croissance échevelée depuis les années 1980, la Chine avait joué un rôle central dans l’intensification du trafic mondial. A la fois du côté de l’offre, en devenant « l’usine du monde » avec des centaines de millions de salariés payés une misère, et du côté de la demande, en achetant massivement les matières premières pour alimenter ses usines et ses chantiers. Mais l’ex-empire du Milieu a entamé son grand virage depuis une décennie. Il veut compter sur sa demande intérieure et non plus sur l’export, qui a tiré ses « Trente Glorieuses ». Il bascule aussi des activités agricoles et industrielles vers les services, moins gourmands en importations. Il achète enfin moins d’équipements pour ses usines. Au fond, ce qu’on a appelé « mondialisation » ces deux dernières décennies était surtout le fruit de l’émergence brutale du pays le plus peuplé au monde sur la scène économique mondiale. Aucune autre nation n’aura un tel impact à l’avenir. L’Inde est déjà très orientée sur son marché domestique et l’Afrique restera morcelée. L’irruption de la Chine a amplifié un autre mouvement de fond, venu des entreprises. C’est l’éclatement des chaînes de production, qui a aussi stimulé la mondialisation avant de se calmer. Depuis les années 1990, les géants mondiaux ont réorganisé leurs activités en fabriquant chaque composant de leurs produits là où c’est le moins cher. Mettant à profit non seulement l’émergence de nouveaux producteurs en Chine et dans les pays à l’est de l’Europe, mais aussi les nouvelles facilités offertes par Internet et donc le transfert de masses énormes d’informations instantanément et quasi gratuitement.

Cet éclatement, qui a provoqué une explosion des échanges intra-industriels, s’épuise lui aussi. D’abord parce que les salaires se sont rapprochés. Même entre la Chine et les Etats-Unis ! Ensuite, les pays sont de plus en plus exigeants sur le contenu local de leurs achats – Alstom l’a expérimenté pour ses ventes de trains, y compris aux Etats-Unis. Les entreprises ont aussi découvert que les chaînes étirées sont fragiles. Un seul fabricant qui s’arrête quelque part pour cause d’incendie, de grève ou de tremblement de terre et c’est parfois des dizaines d’usines qu’il faut stopper un peu partout dans le monde. Enfin, les technologies de l’information déployées dans l’industrie vont de plus en plus rentabiliser des séries plus petites et plus proches des lieux de vente.

La mondialisation a encore des ressorts. Les PME pourraient entrer beaucoup plus vigoureusement dans le jeu en mobilisant toute la palette des outils numérique, de la vente par Internet aux nouveaux moyens de paiement. Et, selon les consultants de McKinsey, les flux mondiaux d’information ont été multipliés par quarante-cinq en une décennie. Mais la mondialisation du tournant du millénaire, avec ses tonnes d’acier, ses salaires infimes et sa frénésie de transport, est désormais un morceau d’histoire.

Jean-Marc Vittori

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0211294558169-la-demondialisation-a-commence-2027976.php?KVF6sqTUOE20cVRs.99#xtor=EPR-8-%5B18_heures%5D-20160916-%5BProv_%5D-1417332%402

La démondialisation a commencé

Dieselgate : Fiat et Renault plus polluants que Volkswagen

Dieselgate : Fiat et Renault plus polluants que Volkswagen

Un an après le scandale des tests diesel, les enquêtes montrent que tous les constructeurs dépassent les normes d’oxyde d’azote, selon l’ONG Transport & Environnement.

Marques automobiles dépassant les normes Euro6 de Nox (Oxydes d'azote), selon l'ONG Transport&Environment Transport&EnvironmentMarques automobiles dépassant les normes Euro6 de Nox (Oxydes d’azote), selon l’ONG Transport&Environment Transport&Environment

De 3 à 8 fois plus la limite autorisée

L’ONG a collecté les mesures d’émissions d’oxyde d’azote (NOx) d’environ 230 modèles roulant au diesel, issues des commissions lancées en France, Grande-Bretagne et Allemagne. Les résultats sont désastreux pour tous les constructeurs automobiles.

En abscisse, les marques testées. En ordonnée, le nombre de fois où elles dépassent les normes Euro6 en NOx (oxydes d’azote), selon l’ONG Transport & Environnement.

Plus de quatre véhicules sur cinq respectant la norme européenne d’émissions Euro 5 (180g/1000 km) en laboratoire, et vendus entre 2010 et 2014, polluent trois fois plus que la limite autorisée dès qu’ils sont lâchés sur la route. Idem pour deux tiers des véhicules Euro 6 (80g/1000 kg), mis sur le marché à partir de 2015. Au final, Volkswagen n’est plus le seul cancre, ni le plus terrible. Pour les voitures respectant la norme Euro6, les marques du groupe sont même les mieux classées. En norme Euro5, c’est Renault qui se classe comme le  plus polluant (dépassant la norme NOx près de 8 fois), suivi par Land Rover, Hyundai et Opel/Vauxhall. Pour les véhicules Euro 6, Fiat et Suzuki décrochent le pompom des pollueurs… dépassant de 15 fois la limite autorisée d’oxyde d’azote. Renaut-Nissan (14 fois plus) et Opel/Vauxhall (10 fois plus) suivent de près. « Nous savons désormais que c’est un problème endémique dans l’industrie automobile », dénonce le rapport. « Un an après le scandale des moteurs diesel de VW, les constructeurs automobiles continuent à vendre des véhicules plus polluants que les normes autorisées avec la connivence des gouvernements européens ».  Un scandale sanitaire, insiste Greg Archer, directeur de la section véhicules propres de T&E: selon lui, « les niveaux élevés d’oxyde d’azote en milieu urbain sont responsables de la mort prématurée de 72 000 personnes chaque année en Europe« .

Fenêtre thermique et autres entourloupes
En 2015, T&E publiait un rapport prémonitoire annonçant la fraude, L’ONG montrait que les tests d’homologation des véhicules ne correspondaient pas aux conditions réelles d’utilisation sur la route. Elle suggérait, au vu des résultats « anormalement bons » des constructeurs automobiles, que ces derniers configuraient leurs moteurs, leurs transmissions et leurs véhicules, de manière à satisfaire aux conditions de ces tests. Le «logiciel truqueur» de Volkswagen en est un exemple simplissime:   le moteur, grâce à quelques lignes de code informatique, repère de lui-même quand il est en condition de test, et optimise alors ses émissions polluantes. Une fois sur la route, il repart plein gaz. Dans son dernier  rapport, T&E revient sur trois autres «méthodes» qui font que, très souvent, les voitures diesels «déconnectent» leurs systèmes de dépollution dans la circulation quotidienne ou en diminuent les performances. « Les tests en laboratoire sont effectués entre 24 et 29°C, pointe ainsi T&E. Chez Renault-Nissan ou Opel, les systèmes de traitement des gaz d’échappement sont minimisés hors de cette « fenêtre thermique », dès qu’on descend sous 17°C, soit la plupart du temps sur les routes en Europe. »
Autre anomalie : alors que les résultats d’émission devraient être moins bons lors d’un démarrage à froid -ce que prévoit logiquement le test européen- de nombreux modèles ont des taux d’émission plus hauts à chaud. D’où une possible entourloupe. Enfin, le cycle d’homologation dure 22 minutes: selon T&E, certaines marques couperaient le traitement des gaz après 20 minute seulement.  Les constructeurs rappellent de leur côté qu’ils respectent les législations existantes.

Diesel : la France est championne d’Europe des voitures sales

Le Monde 21 Septembre

 Une organisation européenne indépendante, Transport & Environment, a étudié les émissions polluantes des diesels dans des conditions réelles

 Les grandes marques dépassent largement les normes européennes. Fiat et Renault polluent ainsi quinze fois plus que ne le permet la réglementation

La France est la première affectée. Les 5,5 millions de véhicules mis en circulation depuis 2011 ne sont pas conformes aux nouvelles normes

Les constructeurs automobiles se défendent en estimant que seuls comptent les tests effectués en laboratoire

© Le Monde

Diesel : le palmarès des marques les plus sales

Fiat, Renault et Opel font figure de cancres en termes de pollution, quand Volkswagen est bien classé
oilà une étude qui devrait animer la réunion de la commission indépendante sur les émissions des moteurs diesel, dite  » commission Royal « , jeudi 22  septembre au ministère de l’environnement. A l’ordre du jour, l’examen des résultats des derniers tests d’émissions polluantes sur des véhicules ayant présenté des anomalies lors des précédentes études.Selon Transport &  Environment, une ONG basée à Bruxelles et spécialisée dans l’étude des émissions polluantes des voitures, Volkswagen serait – en conditions réelles de conduite et pour les véhicules diesel les plus récents – le moins polluant de tous les constructeurs roulant sur le Vieux Continent.

Transport &  Environment a compilé des données portant sur 230  modèles diesel ayant obtenu une homologation Euro-5 (2009-2013) ou Euro-6 (à partir de 2014). Sur ce total, 100  modèles sont -issus des commissions d’enquête constituées fin 2015 en France, au Royaume-Uni et en Allemagne après l’éclatement du scandale Volkswagen – le 20  septembre 2015, le constructeur allemand admettait avoir eu recours à un logiciel truqueur pour manipuler les tests de mesure d’émission de gaz polluants. L’ONG a complété son étude en retraitant des informations issues de la base de données britannique Emissions Analytics pour 130  modèles.

Et, surprise ! En matière d’émissions d’oxydes d’azote (les NOx, des gaz toxiques rejetés surtout par les moteurs diesel), les quatre marques du groupe Volkswagen étudiées sont les moins mauvaises de tout le panel. Sur des modèles ayant reçu l’homologation Euro-6, c’est-à-dire les plus récents, les Audi, Seat, Skoda et Volkswagen évaluées émettent deux à trois fois plus que la norme autorisée.

A l’autre bout de l’échelle, les  » cancres  » sont Opel, Renault, Nissan, Dacia, Fiat, Alfa-Roméo et Suzuki. Leurs modèles les moins performants rejettent dix fois, voire quatorze ou quinze fois plus de NOx dans la nature que ne leur permet la réglementation.

Selon Transport &  Environment, environ 29  millions de véhicules équipés de moteurs diesel circulant au sein de l’Union européenne sont des  » véhicules sales « . L’association classe comme tels les véhicules qui émettent trois fois plus de NOx qu’autorisé. Avec 5,5  millions de voitures de ce type circulant sur ses routes, la France occupe la première position européenne devant l’Allemagne (5,3  millions) alors que le parc automobile allemand de voitures particulières est 35  % plus vaste que le français.

Pas de douteAucun constructeur n’a commenté officiellement ce palmarès. Contacté, le groupe Renault n’a pas souhaité faire de déclaration. Le français s’en est jusqu’ici tenu à sa position : seuls comptent les tests officiels validés par l’Union européenne (cycle NEDC) reposant sur une méthodologie égale pour tous, réalisés dans des conditions précisément similaires.  » C’est la seule garantie si l’on veut comparer honnêtement les performances « , argumentent les ingénieurs de Renault.

 » Nos résultats proviennent de séries de tests réalisés selon plusieurs méthodes rigoureuses : NEDC en laboratoire, NEDC sur piste, Real Driving Emissions. Ils sont sérieux et comparables « , réplique Jos Dings, directeur de Transport &  Environment. Pour lui, pas de doute,  » presque tous les constructeurs ont des systèmes configurés afin de réduire l’efficacité de la dépollution des moteurs « . Autrement dit, des logiciels truqueurs. La réglementation européenne n’autorise la déconnexion des systèmes antipollution qu’en cas de risque pour la sécurité ou le moteur.  » Notre analyse est que ces techniques sont illégales, assure M.  Dings. Et qu’elles devraient faire l’objet de poursuites judiciaires comme aux Etats-Unis. « 

Du côté de Volkswagen, devenu le gentil de l’histoire, on jubile sous cape.  » Commenter officiellement l’information est délicat, chuchote un cadre de Volkswagen France, mais cela confirme bien ce que nous disons depuis le début. Il n’y a pas de raison que nous soyons les boucs émissaires de l’automobile. « 

Reste un mystère : pourquoi Volkswagen, plutôt vertueuse au vu de ces résultats, a-t-elle sciemment installé un système pour fausser les tests d’émissions ? La réponse est double. D’abord, on l’a vu, le soupçon est de plus en plus grand que la firme allemande ne soit pas la seule à calibrer volontairement ses moteurs pour optimiser le processus d’homologation. Surtout, elle s’est fait prendre aux Etats-Unis, où la réglementation sur le NOx est drastique et où le diesel n’est pas aussi dominant qu’en Europe. Volkswagen avait engagé outre-Atlantique une bataille commerciale pour y vendre ses  » diesels propres « , un marketing qui avait attiré l’attention sur ses produits.

Éric Béziat

 

 

 

Dieselgate : Fiat et Renault plus polluants que Volkswagen