Coignard – Pollution : le silence étouffant de Ségolène Royal

Coignard – Pollution : le silence étouffant de Ségolène Royal

Les grandes villes françaises suffoquent, mais la ministre de l’Environnement, si prompte à s’emparer des micros et des caméras, est aux abonnés absents.

PAR SOPHIE COIGNARD

Modifié le 09/12/2016 à 09:22 – Publié le 09/12/2016 à 09:12 | Le Point.fr

http://www.lepoint.fr/editos-du-point/sophie-coignard/coignard-pollution-le-silence-etouffant-de-segolene-royal-09-12-2016-2089124_2134.php

Ségolène Royal, numéro trois du gouvernement, s’est contentée faire savoir que des mesures en faveur des transports propres seraient annoncées ce samedi en conseil des ministres.   © NurPhoto / Jonathan Raa

Ségolène Royal, numéro trois du gouvernement, est ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, également en charge des Transports. Elle devrait donc, à double titre – l’environnement et les transports –, être mobilisée vingt-quatre heures sur vingt-quatre face à la pollution de l’air qui sévit depuis le début de la semaine. Elle s’est contentée, jeudi 8 décembre, de faire savoir que des mesures en faveur des transports propres seraient annoncées ce samedi en conseil des ministres.

Quelle étrange sobriété médiatique pour une responsable politique qui, par temps calme, n’évite jamais une caméra ou un micro ! Alors que la capitale fait penser à Pékin, la préfecture de Paris a mis en place une circulation alternée et la région a instauré la gratuité dans les transports en commun depuis le mardi 6 décembre. Las ! L’état de vétusté du réseau ferroviaire a provoqué le blocage du trafic sur plusieurs portions du RER. Les Franciliens se trouvent pris en otages, mais Ségolène Royal, quant à elle, tente – mission impossible ! – de rectifier l’impression désastreuse qu’ont laissée ses récents éloges de Fidel Castro, comme en témoigne un de ses tweets : « À l’Assemblée nationale, mise au point sur Cuba qui remet bien les choses en place. » Puis elle préfère communiquer sur sa visite à Châtellerault, dans son ancienne région de Poitou-Charentes, où l’on fabrique des moteurs d’avion « beaucoup moins polluants », ou sur son départ, ce vendredi, pour Arras et Dunkerque afin de célébrer les « territoires à énergie positive ».

Aux abris !

Autant de sujets passionnants, mais totalement déconnectés de la gestion de crise à laquelle devrait s’atteler Ségolène Royal. La présidente (LR) de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a d’ailleurs interpellé la ministre, mercredi 7 décembre, en lui demandant de « sortir de son silence devant la galère des Franciliens ».

Mais celle-ci reste muette. Elle hésite sûrement à réveiller la vieille querelle qui l’oppose à la maire de Paris, Anne Hidalgo, à propos de la circulation alternée. Le 20 mars 2015, lors du précédent pic de pollution, elle n’avait pas résisté : « Ce qu’il faut à Paris et aux grandes villes, c’est une vraie politique du transport propre pour tous les jours. Pas des décisions punitives. » Surtout, elle préfère fuir ses responsabilités sur un dossier dans lequel elle n’a que des coups à prendre. Ce n’est pas la première fois. Bien qu’ayant la tutelle des transports, elle était aussi restée aux abris, au printemps dernier, tandis que les blocages des raffineries provoquaient une pénurie d’essence dans une bonne partie du pays.

Plus les jours passent, plus la pollution dure, plus cette stratégie d’évitement devient choquante.

Coignard – Pollution : le silence étouffant de Ségolène Royal

La France démunie face à la plus grave pollution de l’air depuis dix ans

La France démunie face à la plus grave pollution de l’air depuis dix ans

Le Monde 9 Décembre

Paris, Lyon, Marseille et d’autres grandes villes subissaient, jeudi 8 décembre, des pics de pollution hivernale aux particules fines et au dioxyde d’azote

 La capitale a reconduit pour une troisième journée la circulation alternée, tandis que Lyon adoptait cette mesure pour la première fois de son histoire

 En Ile-de-France, la maire de Paris et la présidente de région -polémiquent sur l’efficacité de la restriction du trafic automobile

 Selon l’épidémiologiste Sylvia Medina, la pollution chronique est une cause de mortalité précoce aussi importante que l’alcool

La France désarmée face à la pollution de l’air

L’opportunité et l’efficacité des mesures engagées à Paris comme à Lyon font polémique

Une partie de la France est plongée dans un brouillard de particules fines et la situation va perdurer. Il s’agit du plus long et du plus intense pic de pollution hivernal depuis dix ans, qui met en lumière l’inertie des pouvoirs publics. Le phénomène, qui frappe essentiellement les zones urbaines, est peu lié à des transferts de pollution entre régions ou depuis l’étranger, mais à des conditions anticycloniques installées sur l’Hexagone et sur une large partie de l’Europe de l’Ouest. Elles entraînent la sta-bilité des masses d’air et favorisent l’accumulation des polluants -locaux près du sol.

A Paris, la faiblesse du vent, de 5 à 6  km/heure tout au plus, -provoque, en soirée et tôt le matin, une concentration des particules fines émises par le trafic routier, certaines installations industrielles mais aussi le chauffage, en particulier au bois. S’y ajoute un phénomène d’inversion des températures – l’air à proximité du sol est plus froid que celui de l’atmosphère – qui piège les polluants au sol (particules fines, dioxyde d’azote) comme sous un couvercle.

Pour le troisième jour consécutif, la Préfecture de police de Paris a reconduit, jeudi 8  décembre dans la capitale et dans vingt-deux communes de la petite couronne, le principe de la circulation alternée et de la gratuité des transports en commun. Airparif, l’observatoire de qualité de l’air en Ile-de-France, prévoit en effet un nouveau dépassement du seuil d’alerte (80 microgrammes par mètre cube d’air) des concentrations en particules fines.

Difficultés dans les transports

La capitale n’est pas la seule touchée. Marseille, Avignon, Rouen, Grenoble ou la vallée de l’Arve sont aussi affectées. A Lyon et à  Villeurbanne, où le seuil critique de 80  µg/m3 risque d’être -dépassé dans les prochains jours, le préfet de région, Michel Delpuech, s’est également résolu à appliquer la circulation alternée. La mesure entrera en vigueur vendredi 9  décembre. Des dispositifs préfectoraux, comme la réduction de vitesse ou la limitation de certaines activités industrielles, avaient été pris dans le passé. Mais c’est bien la première fois que l’autorité préfectorale décide de restreindre la circulation automobile.

La mesure fait polémique. A Paris comme à Lyon, elle vient s’ajouter à des difficultés dans les transports en commun. A Lyon, ils sont affectés par une grève, alors que la ville s’apprête à  célébrer la fête des Lumières, prévue du 8 au 10  décembre, une manifestation qui draine traditionnellement plusieurs millions de visiteurs. Le débat est vif sur la nécessité d’imposer la gratuité des transports. Le préfet y est favorable, la métropole dirigée par -Gérard Collomb (PS) s’y oppose.

Dans la capitale, de fortes perturbations sur le réseau SNCF ont mis en doute l’utilité des restrictions du trafic automobile. Les usagers ont dû faire face mercredi à une nouvelle série noire, avec un arrachage de caténaire qui a interrompu tout le trafic au départ de la gare du Nord, après un incident similaire sur le RER B la veille. Au point que la présidente (Les Républicains) de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a demandé, mercredi, la suspension de la circulation alternée  » tant que la situation ne sera pas revenue à la normale «  sur le réseau SNCF.

L’épisode de pollution a relancé l’opposition entre la municipalité parisienne et la région, qui s’affrontent depuis plusieurs mois sur la question de la circulation automobile et sur le dossier de la fermeture des voies sur berge.

Sur les transports en commun,  » il y a eu de gros problèmes « , a rétorqué la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo,  » c’est à la région de s’en occuper. Je demande à la présidente de la région de se consacrer à sa tâche plutôt que d’être toujours en train de polémiquer sur d’autres -sujets « .  » Les perturbations sur le réseau SNCF ne justifient pas que la mesure soit suspendue, appuieChristophe Najdovski, adjoint (Europe Ecologie-Les Verts) à la maire de Paris chargé des transports. La santé publique reste la priorité. Abandonner à la moindre difficulté la lutte contre la pollution de l’air serait un aveu d’impuissance. « 

Sanctions peu dissuasives

Une chose est sûre, dans l’agglomération parisienne, le dispositif de circulation alternée qui inclut de nombreuses dérogations a été peu respecté. L’agence de la qualité de l’air n’a enregistré, mardi, qu’une baisse de 5  % à 10  % du trafic par rapport à une journée habituelle. Le niveau de concentration en particules fines est resté très élevé, atteignant plus de 100  µg/m3 en moyenne, quatre à cinq fois plus qu’à l’ordinaire.

En mars  2014, le dispositif avait été mieux suivi et avait permis de réduire le trafic routier de 18  % à Paris et de 13  % dans la petite -couronne. Résultat : la concentration de particules fines PM10 (d’un diamètre inférieur à 10 microns) avait diminué en moyenne de 6  % et celle de dioxyde d’azote de 10  %. Aux heures de pointe, ces baisses étaient plus importantes, jusqu’à – 20  %.

 » La circulation alternée ne résout pas tout, mais peut avoir une certaine efficacité face à un pic pourvu qu’elle soit respectée « , -défend M. Najdovski, qui réclame une intensification de la surveillance. Mardi, 10 249 véhicules ont été contrôlés et 4 064 ont fait l’objet d’une verbalisation, des chiffres en baisse mercredi. Mais les sanctions sont relativement peu dissuasives. Les automobilistes en infraction sont passibles d’une amende de deuxième classe de 35  euros, ramenée à 22  euros si elle est payée immédiatement.

La circulation alternée présente d’évidentes limites car elle ne vise pas les véhicules les plus polluants. La municipalité parisienne a décidé de les éliminer progressivement d’ici à 2020 et de mettre en place une zone de circulation restreinte. A compter du 16  janvier 2017, pour circuler dans Paris, les voitures devront arborer sur leur pare-brise une vignette de couleur témoignant de son niveau de pollution, la Crit’air. Avec ces pastilles, les pouvoirs publics pourront agir plus efficacement lors des pics de pollution en ne laissant rouler que les véhicules électriques et de normes Euro récentes.

D’autres décisions urgentes s’imposent concernant les émissions liées au chauffage au bois, aux activités industrielles et agricoles, au développement des transports en commun et à la conversion du parc automobile pour supprimer les véhicules les plus polluants, notamment les diesel. A l’étranger, des capitales comme Londres, Stockholm, Oslo ou Dublin ont notamment instauré un péage urbain pour décongestionner leur centre-ville.

La France n’a pas pris la mesure des enjeux sanitaires de la pollution de l’air qui provoque chaque année 48 000  décès et coûte à la société 101  milliards d’euros par an. Les gouvernements successifs ont durant des années subventionné la motorisation la plus polluante, faisant de l’Hexagone le champion du diesel. Le silence de Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, depuis le début de l’épisode de pollution actuel, est l’illustration s’il le fallait de l’immobilisme du gouvernement.

Météo France prévoit durant le week-end une petite perturbation et un léger renforcement du vent sur le nord de la France qui permettra de faire retomber temporairement les niveaux de pollution. Mais un temps sec et peu venteux devrait se réins-taller ensuite pour une quinzaine de jours.

Sophie Landrin, Richard Schittly (à Lyon) et Laetitia Van Eeckhout

 » C’est la pollution chronique qui a le plus fort impact sur la santé « 

Les concentrations de particules fines sont responsables de 48 000 décès par an, soit 9 % de la mortalité, souligne l’épidémiologiste Sylvia Medina

Sylvia Medina, médecin épidémiologiste, responsable du programme de surveillance air et santé à Santé -publique France, étudie depuis des années l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique.

Quels sont les effets pour la santé de la pollution de l’air ?

A court terme, la pollution va entraîner des symptômes plutôt bénins, comme des toux, des -gênes respiratoires légères, des irritations des yeux et de la gorge. Les personnes qui ont des problèmes de santé, qui sont âgées, ou qui sont plus exposées que d’autres, peuvent avoir besoin de recourir aux soins pour des affections respi-ratoires ou cardio-vasculaires. Dans les cas les plus graves, des décès peuvent survenir.

A long terme, c’est-à-dire au-delà de quelques mois, la pollution peut induire des maladies chroniques, respiratoires ou cardio-vasculaires, telles que des cancers du poumon ou des coronaropathies (famille des infarctus du myocarde). Elle a des effets chez les femmes enceintes, comme des naissances prématurées, les particules fines pouvant traverser la barrière placentaire. Elle peut avoir aussi des conséquences sur la fonction cognitive de l’enfant, et des maladies neurologiques chez les personnes âgées. Dans les cas les plus graves, la pollution peut conduire à une réduction de l’espérance de vie et à des décès.

Quel est l’impact de cette pollution sur la mortalité ?

En France, la pollution due aux particules fines entraîne 48 000 décès par an, soit 9  % de la mortalité, selon l’étude que nous avons publiée en juin. Cela équivaut, dans les villes les plus polluées, jusqu’à deux ans de perte d’espérance de vie. C’est autant que les décès dus à l’alcool et deux tiers de ceux liés au tabac (78 000 morts par an).

De quelle manière les polluants affectent-ils l’organisme ?

Les particules fines, qui sont les polluants les plus étudiés, vont aller jusqu’au fond des poumons, dans les alvéoles, puis dans la -circulation sanguine. A partir de là, tous les organes sont sus-ceptibles d’être affectés. Les PM10 (d’un diamètre inférieur à 10 micromètres) et les PM2,5 (2,5 microns) entraînent des inflammations répétées, conduisant à une irritation chronique qui peut aller jusqu’à la mutation cellulaire. C’est pourquoi les -particules fines sont classées comme cancérogènes certains pour l’homme par l’Organisation mondiale de la santé.

Les pics de pollution sont-ils les plus dangereux pour la santé ?

Ces pics affectent bien sûr la santé mais seulement quelques jours par an. C’est la pollution chronique, tout le reste de l’année, qui a l’impact le plus important pour notre organisme. Le seuil d’alerte, déclenché à partir de 80 microgrammes de PM10 par mètre cube d’air, a ainsi été dépassé un jour à Bordeaux et à Toulouse, 7 à Marseille, 10 à Paris, 23 à Lyon et 28 à Lille entre 2007 et 2010. Sur cette période, à Paris, ces pics ont été responsables de 7  % de la mortalité et des hospitalisations cardiaques liées à la pollution de l’air, les 93  % restantes étant provoquées par la pollution quotidienne, lors de laquelle le seuil d’alerte n’est pas déclenché mais où les polluants atmosphériques sont bel et bien présents. A Bordeaux, l’incidence liée aux pics de pollution est de 1  % et à Nancy 15  % – le maximum de notre étude.

Peut-on connaître l’impact de l’épisode actuel de pollution ?

Il est impossible de fournir en temps réel une analyse robuste de l’impact de la pollution sur la santé. Les conséquences apparaîtront peut-être dans nos indicateurs dans une ou deux semaines ; et même si, dans notre dispositif de surveillance, nous détectons, par exemple, une augmentation des consultations pour causes respiratoires, cela peut être lié au froid et aux viroses respiratoires, normales à cette période.

On fait donc des analyses rétro-spectives sur plusieurs années, sur les dernières données de santé disponibles. Nous faisons alors tourner des modèles dans lesquels on contrôle les facteurs de confusion potentiels que sont, entre autres, la température, les pollens au printemps ou les virus l’hiver, pour être sûrs de pouvoir isoler l’impact de la pollution sur la mortalité.

Quelles actions peut-on mettre en place et comment peut-on se protéger ?

En termes de prévention, il faut agir sur toutes les sources de -pollution et à toutes les échelles, réglementaire, collective et individuelle.

Les personnes les plus vulnérables doivent davantage se protéger, à savoir les femmes enceintes, les enfants de moins de cinq ans, les personnes âgées ou celles qui souffrent de maladies chroniques. Il s’agit d’éviter les sorties aux heures de pointe du trafic routier, ainsi que tout -effort physique qui ne serait pas indispensable. Il ne faut pour autant pas se calfeutrer chez soi mais continuer à ventiler son logement et à marcher, si possible aux endroits les moins exposés.

Les sportifs ou les personnes qui travaillent en extérieur doivent également faire plus attention, en limitant leur effort physique et en s’éloignant des sources de pollution. Reste que faire du vélo s’avère plus bénéfique qu’être dans une voiture ou ne pas bouger.

propos recueillis par Audrey Garric

La France démunie face à la plus grave pollution de l’air depuis dix ans

La pollution de l’air en neuf questions

La pollution de l’air en neuf questions

En raison d’un épisode persistant de pollution, des mesures de circulation alternée restent en vigueur vendredi à Paris et sont appliquées pour la première fois à Lyon et Villeurbanne.

LE MONDE | 09.12.2016 à 07h27 • Mis à jour le 09.12.2016 à 15h59 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/12/09/la-pollution-de-l-air-en-9-questions_5046076_4355770.html#teMhRUR2AchXcQdV.99

Par Anne-Aël Durand

Les réponses aux principales questions que vous vous posez sur l’épisode de pollution aux particules fines de décembre 2016.

  • Cet épisode de pollution est-il plus grave que d’habitude ?
  • Ces pics de pollution sont-ils vraiment dangereux pour la santé ? La situation va-t-elle s’améliorer rapidement ?
  • La circulation automobile est-elle seule responsable ?
  • La pollution actuelle vient-elle d’Allemagne ?
  • La circulation alternée, est-ce vraiment efficace ?
  • Y a-t-il un lien entre pollution de l’air et changement climatique ?
  • Dans sa voiture, est-on moins exposé à la pollution que dans la rue ?
  • La pollution de l’air est-elle une fatalité ?

1. Cet épisode de pollution est-il plus grave que d’habitude ?

OUI

La concentration des polluants dans l’air varie au cours de l’année et dépend à la fois des niveaux d’émissions et des conditions météorologiques. On constate souvent des pics de dioxyde d’azote au début du printemps ou d’ozone en été. Depuis le 30 novembre, les niveaux élevés de particules fines, liés au chauffage au bois et au trafic, sont « bloqués » par des conditions anticycloniques et l’absence de vent qui piègent les polluants au sol. L’indice Atmo qui mesure la qualité de l’air est « mauvais » ou « très mauvais » depuis plus de dix jours.

Selon l’agence Airparif, qui mesure la pollution en région parisienne, cet épisode de pollution est le plus long et le plus intense observé en hiver depuis dix ans, les précédents remontant à janvier 2009 et décembre 2007.

Mais la région parisienne n’est pas la seule concernée par la dégradation de la qualité de l’air. Un «nuage» de pollution est observé dans l’ouest, autour de Bordeaux et sur la moitié est de la France, en particulier vers Troyes et dans le couloir rhodanien. Lyon a instauré vendredi 8 décembre la circulation alternée pour la première fois. A Paris, cette mesure a été prise pour quatre jours d’affilée, ce qui n’était encore jamais arrivé.

L’infographie :   Visualisez la qualité de l’air dans l’agglomération parisienne depuis janvier 2002

2. La situation va-t-elle s’améliorer rapidement ?

NON

La pollution déjà observée depuis plus d’une semaine n’est pas près de se dissiper. L’anticyclone installé sur l’Europe de l’Ouest devrait persister. Or il s’accompagne d’une absence de vent et entraîne un phénomène d’inversion de températures : le matin et le soir, l’air est plus froid au niveau du sol qu’en altitude et se trouve piégé, à moins de 100 mètres de haut. Les polluants s’accumulent dans cette couche d’air très mince.

La situation devrait s’améliorer provisoirement en fin de semaine. « Une petite perturbation devrait traverser le nord du pays et réduire le niveau de pollution, explique François Jobard, prévisionniste à Météo France. Mais après, la météo devrait repartir pour une quinzaine de jours sur un temps sec et peu venteux. »

Lire aussi :   Le smog de pollution dans lequel est plongé Paris est parti pour durer

3. Ces pics de pollution sont-ils vraiment dangereux pour la santé ?

OUI

Pour la plupart des gens, les pics de pollution ne sont pas perceptibles ou ne traduisent que par des gênes légères : toux, irritation de la gorge et des yeux… Des symptômes assez proches des rhumes ou autres maladies bénignes de l’hiver. En revanche, les personnes sensibles, les très jeunes enfants ou les personnes âgées, peuvent développer des affections respiratoires ou cardiovasculaires.

C’est surtout à long terme que réside le danger. A cet égard, la pollution chronique est aussi dangereuse que les pics observés actuellement. Les particules fines, d’un diamètre inférieur à 10 micromètres (PM10) ou à 2,5 micromètres (PM2,5), pénètrent profondément dans l’appareil respiratoire et les autres organes, en particulier le cœur, augmentant le risque d’affections cardiovasculaires ou de cancers du poumon. Elles sont aussi capables de traverser la barrière placentaire, ce qui signifie que les fœtus sont potentiellement exposés. Selon une étude de Santé publique France, la pollution aux particules fines provoque 48 000 morts par an, soit autant que l’alcool, et réduit jusqu’à deux ans l’espérance de vie.

L’entretien :   « Davantage que les pics, la pollution chronique a le plus fort impact sur la santé »

4. La circulation automobile est-elle seule responsable ?

NON

Les « particules fines » se définissent par leur taille (PM10, dix fois plus fine qu’un cheveu, PM2,5 de la taille d’une bactérie) et non par leur composition chimique, car elles peuvent avoir des origines très différentes. Certaines sont produites par la nature – érosion, éruption volcanique – mais la plupart proviennent des activités humaines : industrie extractive, chauffage, transport automobile, utilisation d’engrais dans l’agriculture…

Lire : Tout comprendre à la pollution de l’air aux particules fines

Dans les villes, les concentrations de polluant sont très élevées près des axes routiers. Pourtant, selon Airparif, le trafic automobile ne représente que 28 % des émissions de PM10 à Paris et dans sa proche banlieue, à peine plus que le chauffage des particuliers et des entreprises (26 %). Le bois, en particulier, qui ne représente que 5 % du chauffage,

Les explications : Les feux de cheminée sont-ils si polluants ?

Outre des restrictions de circulation, la préfecture de police de Paris a interdit « l’utilisation du chauffage individuel au bois d’appoint ou d’agrément », durant le pic de pollution. L’usage des cheminées aurait dû être banni dans la capitale en 2015, mais la mesure a été annulée par la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, qui la jugeait « excessive » et « ridicule ».

Une étude scientifique vient de montrer que dans les vallées de Haute-Savoie, le chauffage au bois émet 85 % des particules fines, bien loin devant le trafic ou l’industrie.

Lire aussi :   Dans la vallée de Chamonix, le chauffage au bois est le principal coupable de la pollution

5. La pollution actuelle vient-elle d’Allemagne ?

NON

L’accusation revient à chaque épisode de pollution : les particules fines en région parisiennes viendraient des centrales à charbon allemandes. L’argument a été repris dernièrement notamment sur Twitter :

Selon Airparif, la grande majorité (44 %) de la pollution observée près des axes routiers de l’agglomération parisienne a une origine locale, 17 % proviennent de l’agglomération et 39 % de la région ou des pays voisins. La proportion est différente lorsqu’on s’éloigne du trafic (32 % de source locale, 68 % d’ailleurs). Toutefois, plus d’un tiers des Franciliens vivent près d’un axe routier.

Il est donc possible que la pollution d’Allemagne, des Pays-Bas ou de Belgique arrive en France, poussée par des vents d’Est. Toutefois, sur notre territoire, les vents d’ouest sont largement dominants : sur l’année, on envoie plus de particules fines vers l’Allemagne que l’inverse. Par ailleurs, l’essentiel de cette pollution importée provient elle-même du trafic routier (ou de sources secondaires qui y sont liées) et du chauffage, la part de l’industrie restant moritaire.

Les experts précisent que l’épisode de pollution de décembre 2016 « est peu lié à des transferts de pollution » mais provient de sources locales, accentuées par l’anticyclone marqué.

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Les explications : La pollution de l’air vient-elle d’Allemagne ?

6. La circulation alternée, est-ce vraiment efficace ?

MOYENNEMENT

La préfecture de Paris a mis en place mardi 6 décembre, et reconduit jour après jour jusqu’à vendredi 9 décembre, la circulation alternée dans l’agglomération parisienne. Les jours pairs, seules les automobiles ayant un nombre pair sur leur plaque sont autorisées à rouler, et inversement les jours impairs, hors dérogation. Lyon l’a fait aussi le vendredi. Ces mesures de restriction n’avaient été instaurées que trois fois depuis 1997.

Jusqu’à présent, l’effet sur les niveaux de pollution avait été immédiat et la circulation alternée n’avait duré qu’une seule journée. Cette fois, le résultat est moins probant. En 2014, les émissions avaient baissé de 18 % à Paris, alors que le 6 décembre, la baisse n’a été que de 5 à 10 %, selon Airparif.

En Ile-de-France, alors que les transports en commun ont été très perturbés mardi et mercredi, les automobilistes ne semblent pas avoir renoncé à leur voiture : un pic de 415 kilomètres de bouchons a été observé jeudi, contre 300 habituellement. Un appel au « civisme » a été lancé.

Pour les contrevenants, la sanction est assez faible (22 à 75 euros) d’amende et les contrôles peu fréquents : 2 600 contrôles et moins de 600 infractions constatées mercredi.

Lire aussi :   Pollution : « La circulation alternée est trop peu suivie pour avoir un réel impact »

7. Y a-t-il un lien entre pollution de l’air et changement climatique ?

PARTIELLEMENT

La pollution de l’air et les émissions de gaz à effet de serre sont deux phénomènes distincts. La première a des effets locaux et visibles sur la santé et l’environnement, alors que le second agit au niveau mondial en provoquant un changement climatique plus lent et insidieux. Toutefois, les deux sont provoquées par les activités humaines : transport, chauffage, agriculture, industrie… Un polluant comme l’ozone a des effets à la fois sur la qualité de l’air et sur le réchauffement, comme l’explique Airparif. Les changements climatiques, en intensifiant les épisodes de canicule, peuvent accentuer les épisodes de pollution.

A l’inverse, dans certains cas, la lutte contre le réchauffement climatique peut être contre-productive pour la qualité de l’air. Par exemple, les voitures au diesel sont avantagées en France car elles émettent moins de CO2, alors qu’elles produisent des particules fines. De même, le chauffage au bois est encouragé, car c’est une énergie durable et moins émettrice que le pétrole ou le gaz, mais il est mauvais pour la qualité de l’air. L’arbitrage est parfois malaisé.

8. Dans sa voiture, est-on moins exposé à la pollution que dans la rue ?

NON

L’automobiliste qui provoque la pollution est aussi le premier à la subir, car l’air vicié entre dans son habitacle, surtout dans les embouteillages, et se renouvelle peu. La concentration en monoxyde de carbone est particulièrement élevée, selon l’observatoire régional de l’air en Midi-Pyrénées (Oramip). Le bus, plus « aéré », est moins pollué.

En revanche, dans le métro, l’air est pollué par des particules fines dues aux poussières de frein (jusqu’à 500 microgrammes par mètre cube à l’heure de pointe, soit dix fois plus que la norme).

Finalement, la marche à pied ou le vélo, loin des grandes artères de circulation, semblent la meilleure manière de se déplacer en évitant la pollution. Il faut toutefois rouler ou marcher à allure modérée, car l’exercice physique intense fait pénétrer davantage l’air pollué dans les poumons.

On peut aussi choisir de rester chez soi, tout en étant conscient que l’air intérieur n’est pas exempt de pollutions (combustion de cuisine, parfums et désodorisants, émanation de peintures ou meubles…).

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La question : Auto, métro ou vélo : où respire-t-on le moins l’air pollué ?

9. La pollution de l’air est-elle une fatalité ?

NON

La question de la qualité de l’air n’émerge vraiment dans le débat public que lors des pics de pollution, alors qu’il s’agit d’un enjeu majeur (48 000 morts évitables…). Des solutions ont déjà été mises en place ou s’installent progressivement en France :

  • les normes Euro pour les émissions des voitures ;
  • des aides financières pour acquérir des véhicules propres (électriques, hybrides) ;
  • l’interdiction des véhicules les plus polluants dans les centres-villes (les vignettes Crit’Air seront obligatoires en janvier à Paris) ;
  • la limitation de la vitesse en ville ;
  • le réaménagement des circulations pour éviter les autoroutes urbaines ;
  • des incitations financières à renouveler les appareils de chauffage ancien ;

Toutefois, une grande partie de ces mesures peinent à se mettre en place notamment en raison des pressions de l’industrie automobile.

Lire aussi :   Au-delà des pics, comment agir de manière durable contre la pollution de l’air ?

La pollution de l’air en neuf questions

Le plan national de réduction des émissions atmosphériques (Prepa) est toujours en cours d’élaboration !

Pollution de l’air : l’épisode pourrait se poursuivre la semaine prochaine

Après Paris, la circulation alternée va être mise en place à Lyon et Villeurbanne. Mais alors que l’épisode de pollution particulaire risque de se poursuivre la semaine prochaine, des questions se posent sur les mesures mises en place et leur suivi.

Risques  |  08 décembre 2016  |  Sophie Fabrégat

http://www.actu-environnement.com/ae/news/pollution-air-episode-poursuite-anticyclone-paris-lyon-villeurbanne-circulation-alternee-28049.php4#xtor=ES-6

RAprès Paris, c’est au tour de Lyon et Villeurbanne (Rhône) de mettre en place la circulation alternée ce vendredi 8 décembre, pour la première fois. Depuis le 5 décembre, l’agglomération lyonnaise connaît des niveaux élevés de particules fines. Bien que les quatre jours consécutifs de dépassement des seuils d’alerte n’aient pas encore été atteints, le Préfet a décidé jeudi 7 décembre « par anticipation » de limiter la circulation automobile, « compte tenu des prévisions qui indiquent que le seuil de 80 µg/m³ est susceptible d’être de nouveau dépassé le 8 décembre ». Mais le représentant de l’Etat rappelle qu’il s’agit d’un « épisode de pollution lié à la combustion. Les industriels sont [donc] invités à réduire leurs émissions. Le Préfet invite également les opérateurs et les particuliers à réduire les sources de chauffage par combustion ».

Dans la capitale, l’épisode de pollution aux particules fines a démarré le 30 novembre, mais la préfecture a attendu le 6 décembre pour mettre en place la circulation alternée. Auparavant, la vitesse a été réduite de 20 km/h sur les grands axes routiers. Le Préfet a également décidé en amont d’une interdiction du chauffage au bois individuel, des pratiques de brûlage tant pour les particuliers que pour les professionnels et d’un plafond de température dans les bâtiments et habitations de 18°C.

Ce pic de particules est dû à « une accumulation de la pollution dans les zones urbaines du fait de conditions anticycloniques très stables, sur une partie de l’Europe, qui plaque la pollution au sol et limite sa dispersion comme autant de couvercles au-dessus des métropoles », souligne Airparif.

Un épisode rare par sa durée

« Cet épisode se démarque par des niveaux soutenus de par leur intensité et leur durée, indique AirParif. Une concentration maximale de 146 µg/m3 de particules a été enregistrée en moyenne sur la journée [du 1er décembre] dans l’agglomération parisienne. Un tel niveau correspond à un des épisodes hivernaux les plus importants de ces dix dernières années, les précédents remontant à janvier 2009 et décembre 2007″. A certains moments, les niveaux de particules ont atteint des « records », jusqu’à 259 µg/m3.

Une analyse partagée par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), coordinateur de la plate-forme Prev’air et membre du Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA). Si cet épisode correspond « au profil classique des pics hivernaux de pollution particulaire », il est marquant par sa durée et sa persistance, analyse l’institut. Celles-ci sont dues aux températures basses, à une situation anticyclonique stable et à des vents faibles sur l’Est du pays qui empêchent la dispersion atmosphérique des polluants émis localement.

Résultat : « L’épisode de pollution aux particules d’ampleur nationale commencé la semaine dernière se poursuit, en affectant toujours la moitié du pays située à l’est d’une ligne allant de la Normandie à Auvergne-Rhône-Alpes. Des concentrations en PM10 élevées à très élevées affectent l’Ile-de-France, les Hauts-de-France, le Grand-Est, Auvergne-Rhône-Alpes, ainsi que Bourgogne-Franche-Comté et la Normandie. Des dépassements du seuil d’information sont à prévoir sur ces régions, voire localement aussi des dépassements du seuil d’alerte ».

Si une amélioration est attendue ce week-end, liée à des perturbations annoncées par Météo France, « la vigilance reste toutefois de mise avec un possible renforcement des conditions anticycloniques en début de semaine prochaine », annonce l’Ineris.

Des mesures pas assez efficaces ?

Mais alors que des mesures d’urgence ont été décidées, à Paris ou à Lyon, de nombreux acteurs regrettent le manque de moyens pour contrôler leur mise en œuvre effective. A l’instar de Patrick Ollier, président de la métropole du Grand Paris, qui pointe du doigt le « manque de moyens financiers, de personnels et d’organisation ».

AirParif a souligné, en effet, que « le 6 décembre 2016, deux fois moins de véhicules ont respecté [la circulation alternée] par rapport à mars 2014. Conséquence : une baisse de -18% des émissions dûes au trafic routier en mars 2014 contre une baisse entre -5 à -10% pour la journée du 6 décembre 2016. Son impact a donc été très limité par rapport aux bénéfices observés les fois précédentes« .

Ces mesures d’urgence montrent donc leurs limites. La mise en place de zones de circulation restreinte permettra-t-elle de limiter la pollution de fond et donc l’ampleur de ces pics ? A Paris, à partir du 1er janvier 2017, les véhicules les plus polluants seront interdits de circulation entre 8h et 20h, hors périphérique et bois. Cela concerne les deux-roues immatriculés avant septembre 2000, les camionnettes immatriculées avant octobre 1997 et les poids-lourds, autocars et autobus immatriculés avant le 1er octobre 2001. A Grenoble (Isère), un dispositif de restriction de circulation est entré en vigueur le 1er novembre 2016. Il ne concerne cependant que les périodes de pics de pollution alors que le dispositif parisien est applicable toute l’année.

En revanche, concernant les autres sources de pollution (agriculture, chauffage…), des actions de prévention saisonnières des pics de pollution avaient été envisagées en 2015, mais n’ont toujours pas été présentées« Le plan national de réduction des émissions atmosphériques (Prepa) est en cours d’élaboration, précise le ministère de l’Environnement. Il définira les mesures sectorielles de réduction d’émissions. Il s’inscrit dans une démarche globale au-delà du seul secteur des transports, d’amélioration de la qualité de l’air, en prenant en compte ses enjeux sanitaires et économiques ».

Episodes de pollution et procédures préfectorales en métropole le 8 décembre 2016

© LCSQA

 

Sophie Fabrégat, journaliste

Rédactrice en chef adjointe

Le plan national de réduction des émissions atmosphériques (Prepa) est toujours en cours d’élaboration !

Evacuation de Notre-Dame-des-Landes : Cazeneuve temporise

Evacuation de Notre-Dame-des-Landes : Cazeneuve temporise

JEAN MICHEL GRADT Le 09/12 à 13:10Mis à jour à 14:09 tpl_article/partager_post 6 5 2

http://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/0211580229255-evacuation-de-notre-dame-des-landes-cazeneuve-temporise-2049408.php#xtor=EPR-8-%5B18_heures%5D-20161209-%5BProv_%5D-1417332%402

Le gouvernement reporte l’évacuation du site occupé, le temps de  » clarifier une situation de pré-contentieux avec la Commission Européenne », fait savoir l’entourage du nouveau Premier ministre.

Quand le site du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) sera-t-il évacué ? « A l’automne », comme l’avait promis Manuel Valls, alors Premier ministre , après le référendum de juin dernier ? Cette annonce paraît désormais hors d’atteinte. Et son successeur, Bernard Cazeneuve, ne semble pas sur le point de passer à l’action.

« Nous sommes dans un état de droit qui ne saurait être bafoué. Le cadre d’une intervention doit être maîtrisé. Nous devons avant tout clarifier une situation de pré-contentieux avec la Commission Européenne », a-t-on déclaré vendredi dans l’entourage du Premier ministre. Autrement dit : les autorités françaises étudient toujours la faisabilité juridique et opérationnelle de faire évacuer le site de 1.600 hectares occupé par les opposants au projet.

« Cette opération doit être préparée méticuleusement et les étapes doivent être préparées. Il faut être irréprochable juridiquement et opérationnellement. Pendant que nous interrogeons l’UE, nous examinons les conditions opérationnelles d’engagement des forces dans un contexte de menace terroriste élevé », précise-t-on à Matignon.

Le droit européen de l’environnement

Le projet NDDL, situé en Loire-Atlantique (44), est en effet soumis au respect du droit européen (lire l’encadré). Et de ce côté-là, le feu vert n’est pas encore acquis. L’Autorité environnementale (Ae), instance ministérielle rattachée au Conseil général de l’environnement et du développement durable, a bien été saisie mais Paris n’a toujours pas répondu à ce jour à la mise en demeure de Bruxelles, même si un document est en préparation.

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La France avait pourtant prévu de finaliser sa réponse à l’occasion de la révision du schéma de cohérence territorial (SCOT) Nantes Saint-Nazaire qui datait de 2007. Cette révision doit permettre de l’émergence de plusieurs projets susceptibles de « renforcer l’accessibilité du territoire », dont celui, controversé, d’aéroport du Grand-Ouest et sa desserte routière. L’Ae s’est saisie du dossier début juin. En juillet, elle a rendu un avis positif qui recommande notamment d' »intégrer l’aéroport du Grand Ouest » dans une liste de projets structurants à travers des « zooms territoriaux pour préparer l’analyse des incidences ».

NDDL : PARIS DOIT RESPECTER LE DROIT EUROPÉEN

Depuis avril 2014, c’est-à-dire bien avant les résultats du référendum sur NDDL, l’exécutif européen a lancé une procédure d’infraction contre la France pour la violation de deux directives sur l’environnement. D’une part, la directive de 2001 sur l’évaluation des programmes pour l’environnement, qui demande une « évaluation stratégique environnementale pour les plans et programmes fixant le cadre pour la construction d’un aéroport » ; une évaluation qui doit recenser tous les effets sur l’environnement. Et de l’autre, la Directive qui impose une évaluation environnementale pour tout projet d’infrastructure.

Il s’agit d’un « oui mais seulement si » de la commission d’enquête, nuançait fin novembre Denez L’Hostis qui préside France Nature Environnement (FNE) : « Les conclusions de la commission d’enquête sur le SCoT Nantes St Nazaire confirment les critiques européennes sur la non-évaluation des impacts cumulés de NDDL. Les travaux ne peuvent donc pas commencer, sous peine de poursuites par la Commission ! « , a-t-il écrit sur le site de l’association . Selon lui, les études ont été « découpées » : une pour la plate-forme, deux autres pour le barreau routier et les modifications de voirie. D’autres sont encore attendues : une pour le projet de LGV, une pour le projet tram-train, une pour les zones d’activités…

Les partisans de NDDL sceptiques

Dans le camp des partisans à NDDL, c’est le scepticisme qui prévaut et l’on redoute, sans le dire ouvertement, que ce qu’un Premier ministre a fait, un autre ne puisse le défaire, surtout à quelques mois d’une élection présidentielle. « On espère que cette notion d’étude ne [sera] pas un moyen détourné de reculer à nouveau », a déclaré Dominique Boschet, président de l’Association contre le survol de l’agglomération nantaise (Acsan), qui milite en faveur du « transfert » de l’actuel aéroport de Nantes vers Notre-Dame-des-Landes. « Mais on y croit encore : on a du mal à imaginer qu’un président de la République n’honore pas un vote qu’il a lui-même sollicité », a-t-il déclaré à Reuters.

Alain Mustière, président des « Ailes pour l’Ouest », une autre association de partisans du projet d’aéroport, a également qualifié de « scandaleux » le report de l’évacuation.

Un report de plus donc pour ce dossier qui voit s’affronter les deux camps depuis plus de 50 ans .

Jean-Michel Gradt

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Evacuation de Notre-Dame-des-Landes : Cazeneuve temporise

Pour une nouvelle réforme territoriale

Pour une nouvelle réforme territoriale

Le Cercle Point de vue par CHARLES DENNERY / Normalien, doctorant à la London School of Economics Le 30/11 à 07:33 tpl_article/partager_post 6 4 13 Partager par mail

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LE CERCLE/POINT DE VUE – La précédente réforme territoriale a engendré de nouveaux «échelons» administratifs au lieu d’en supprimer. Créons des super-départements centrés autour d’une métropole et supprimons les grandes régions.

Le gouvernement, en fusionnant les régions, avait annoncé la fin des départements. Au nom de l’alliance avec le Parti radical de gauche, il a fallu sauver les départements. Après avoir annoncé le regroupement des services de l’État dans chaque nouveau chef-lieu régional, le gouvernement a dû maintenir des antennes locales dans chaque ancienne région par réalisme politique. De fait, au niveau électoral et administratif, il y aura désormais des régions et des sous-régions, avec des présidents délégués, des vice-recteurs, des préfets délégués ! Au lieu de supprimer un échelon, on en a créé un nouveau !

Nicolas Sarkozy avait proposé que de mêmes conseillers siègent dans les deux assemblées, ce qui était bizarre, et aurait donné quelques situations ubuesques (par exemple, l’Hérault, 13 fois plus peuplé que la Lozère, n’avait que 4 fois plus de conseillers territoriaux dans le Languedoc-Roussillon). La fusion des régions en 2015 montrera aussi ses limites, et il faudra revenir dessus.

Rapprochement ou fusion ?

Il y a un certain consensus à l’idée de rapprocher, voire fusionner départements et régions. Les élus ne coûtent pas si cher, mais les Français ont l’impression qu’il y en a trop, et qu’ils ne servent à rien. Le vrai problème, c’est que les compétences se chevauchent, ce qui multiplie les coûts de fonctionnement (chaque dossier de subvention est examiné par différentes collectivités). De plus, cela dilue les responsabilités, car il est facile de se défausser sur les autres échelons.

Lire aussi :

> Réforme territoriale : des évolutions à défaut de Révolution

> Compétences des collectivités locales : ce qui change avec la réforme territoriale

Même au niveau de l’action de l’État, il y a des déperditions d’énergie entre préfets de régions, préfets de départements et sous-préfets. Avec la révision générale des politiques publiques (RGPP), l’État a réorganisé un certain nombre de services déconcentrés autour de l’échelon régional, mais il faut souvent garder des antennes locales. Un habitant du Finistère peut difficilement aller à Rennes pour régler ses problèmes administratifs.

Créer de gros départements

Michel Debré avait déjà cerné ces problèmes en 1984 : «Je m’interroge : la région est trop vaste, le département sinon toujours, en tout cas fréquemment inadapté. La région est un risque grave pour l’État, le département est, dans de trop nombreux cas, une circonscription inapte à assurer une action économique cohérente. Ne peut-on trouver une solution intermédiaire ?»

Même si la région n’a pas détruit l’État, le diagnostic reste valable. En 1946, dans «La Mort de l’État républicain», il avait d’ailleurs proposé la création de 47 grands départements.

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On pourrait revoir le tracé exact des frontières, on pourrait viser 30 départements, un peu plus gros. Mais l’esprit général reste aujourd’hui très actuel. Des territoires intermédiaires, culturellement et économiquement assez homogènes, centrés autour d’une métropole ou d’une grande ville, c’est le bon équilibre entre proximité et efficacité.

Les sous-préfectures pourraient rester un sous-échelon de ces départements, comme en Allemagne où les «Regierungsbezirke» sont des sous-échelons des Länder : ils n’ont pas la personnalité morale et sont gérés directement par le gouvernement du Land. Les nouveaux départements continueraient à coopérer entre eux pour certains grands projets, comme les régions le font actuellement.

Initiatives et échelons existants

On peut d’ailleurs souligner certaines initiatives locales existantes. Le «276» regroupait L’Eure (27), la Seine Maritime (76) et la région Haute-Normandie sur certaines missions. L’Indre-et-Loire (Tours) et le Loir-et-Cher (Blois) mutualisent également leurs moyens. Les projets de collectivité unique en Corse et en Alsace ont échoué, mais la fusion des deux départements savoyards est bien avancée.

Cette échelle serait également bien adaptée pour de nombreuses administrations. Cours d’appel, tribunaux administratifs, CHU, villes universitaires : il y en a à chaque fois entre 30 et 50 en France. Les petits CHU, les petites universités n’ont pas un rayonnement national, mais ils assurent un service de proximité. Chacun des gros départements aurait donc au moins une université, une Cour d’appel, un CHU, une préfecture, une gare ferroviaire bien desservie, et un aéroport.

Regrouper les départements par 2 ou 3, cela reviendrait souvent à recréer les provinces de l’Ancien Régime, abolies à la Révolution française. Mais ces provinces ont gardé une identité culturelle, et parfois une homogénéité économique assez forte. Remplacer les départements actuels, trop petits, par ces anciennes provinces, ce pourrait être un symbole d’égalité républicaine entre les territoires.

Charles Dennery est normalien, doctorant à la London School of Economics

@charles_dennery

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Pour une nouvelle réforme territoriale

Implant contraceptif Essure : des femmes poursuivent Bayer en justice

Implant contraceptif Essure : des femmes poursuivent Bayer en justice

LEILA MARCHAND Le 09/12 à 12:07Mis à jour à 12:21 tpl_article/partager_post 4 7 3

http://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/0211580332798-implant-contraceptif-essure-des-femmes-poursuivent-bayer-en-justice-2049399.php

L’avocat Charles-Joseph Oudin va déposer deux assignations en référé contre le laboratoire Bayer. – Julio Cortez/AP/SIPA

Un scandale sanitaire menace le laboratoire Bayer. Une pétition a été lancée et une action en justice se prépare contre les implants définitifs Essure. Aux Etats-Unis, le combat est porté par Erin Brockovitch.

« On n’est qu’au début d’un très gros dossier de santé publique », assure maître Charles Joseph-Oudin. L’avocat, qui a déjà défendu les victimes du Mediator, est sur le point de déposer deux assignations en référé contre Bayer.

Ses deux clientes dénoncent les effets secondaires dramatiques des implants définitifs Essure, fabriqués par le laboratoire allemand, révèle ce vendredi Le Parisien . Environ 120.000 femmes ont recours à ce contraceptif définitif en France, depuis sa mise sur le marché en 2002.

Des dizaines de témoignages en ligne

« Violentes douleurs abdominales », « perte de poids », « migraines », « problèmes ORL », « fatigue continuelle », « infections urinaires », « règles hémorragiques », « palpitations cardiaques », « douleurs dorsales »… La liste des effets secondaires décrits par ces femmes est aussi longue et angoissante que le parcours médical qu’elles ont pour la plupart vécu. Renvoyées de spécialistes en spécialistes, sans pouvoir mettre le doigt sur la cause de leurs douleurs.

Elles ont pu trouver des informations et témoigner sur le site internet de l’association « Resist-France » . Ce site a été lancé par Marielle Klein, une des clientes de Charles Josph-Oudin, qui a vécu de nombreux ennuis de santé entre 2011 et 2014, période où elle portait l’implant Essure.

« Les douleurs étaient insupportables. Le médecin ne trouvait rien… J’ai eu peur de mourir », témoigne-t-elle dans Le Parisien. La mère au foyer, aujourd’hui âgée de 40 ans finit par prendre rendez-vous avec un autre spécialiste qui s’aperçoit de son allergie au nickel, métal contenu en petite quantité dans les implants.

Une pétition avec plus de 45.000 signatures

Forte de nombreux témoignages recueillis via son association, elle lance une pétition, qui a à ce jour recueilli plus de 45.000 signatures . « Aucun test au nickel n’a été réalisé pour la majorité d’entre nous » malgré les mesures de précaution de la Haute autorité de la santé , pointe la pétition qui sera adressée à la ministre de la Santé Marisol Touraine.

Dans un communiqué publié ce vendredi , le ministère de la Santé rappelle que « le dispositif de stérilisation tubaire Essure est sous surveillance renforcée ». La surveillance décrite par le ministère comprend « la formation des professionnels », « une notice destinée aux patientes » et « la limitation de cette pratique à certains établissements ».

Un combat également mené aux Etats-Unis, par Erin Brockovitch

« Je demande que des experts soient nommés, afin de chiffrer les préjudices dont sont victimes deux patientes que je représente (…) Une première audience devrait se tenir en janvier », déclare de son côté Charles Joseph-Oudin, qui doit examiner 28 autres dossiers, selon Le Parisien.

Les actions en justice pourraient concerner à la fois le laboratoire pharmaceutique et « les médecins prescripteurs et chirurgiens qui vous ont posé les implants », précise l’avocat dans une lettre à ses clientes, mise en ligne sur le site de l’association . « L’enjeu serait de faire admettre que les implants (…) sont défectueux ».

Aux Etats-Unis, des milliers de femmes souffrent également de ces effets secondaires. Plus de 9.500 plaintes ont été déposées auprès de la FDA (Food and Drug Administration) et une action en justice est en cours contre le groupe Bayer. Ce combat judiciaire est d’ailleurs porté par Erin Brockovitch, avocate connue pour avoir révélé une affaire de pollution de l’eau en Californie.

QU’EST-CE QUE L’IMPLANT DÉFINITIF ESSURE ?

L’implant Essure est une méthode contraceptive définitive, alternative à la ligature des trompes pour les femmes qui ne désirent plus avoir d’enfants.

La pose se fait sans opération et consiste à obstruer les trompes de Fallope avec des micro-implants ressemblant à de petits ressorts. Ils sont composés de fibres de polyéthylène, de nickel-titane et d’acier inoxydable.

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Implant contraceptif Essure : des femmes poursuivent Bayer en justice